mercredi 28 novembre 2007

La VOD

Pourquoi je ne crois pas à la VOD ?
Réponse à une question posée par Dominique Lahary suite à mon compte-rendu de la journée de Vitry sur Seine, j'ai commencé à lui répondre dans un commentaire mais au vu de la longueur de la réponse j'a décidé d'en faire un post et d'assumer un point de vue qui, bien sur, n'engage que moi ;-)


voilà en vrac :
Avant tout, les nouveaux services en bibliothèques devraient être envisagés dans leur globalité qu'il s'agisse d'image, de musique ou de lecture, car si les offres seront différentes à l'arrivée, les problèmatiques au départ sont les mêmes.

Je ne suis pas fondamentalement contre la VOD, c'est simplement que l'offre actuelle ne me parait pas satisfaisante, notamment celle exposée à Vitry, qui consistait en un contrat passé avec Arte.
Quel est l'intérêt de proposer le catalogue d'Arte quasiment tel qu'il se présente ? Quel est le service rendu à l'usager ?
Ce service fait de nous de simples sous-traitants sans aucune marge de manoeuvre, avec un catalogue subi et non choisi.

On pourrait imaginer qu'un décideur se dise "mais pourquoi passer par la bibliothèque ? économisons ce service et déduisons directement des impôts du contribuable cet abonnement !" Ok le raccourci est un peu brutal, mais si j'y pense je me dis que d'autres doivent y penser aussi...


Avec une collection physique, nous, enfin surtout l'usager, est moins tributaire des aléas de la disponibilité d'un titre, les catalogues de VOD fluctuent beaucoup, certains titres viennent très vite à disparaître alors qu'avec une collection physique le risque est moindre. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas proposer de VOD, mais juste veiller à ce que cette offre soit complémentaire d'une collection physique, la VOD vient "en plus" pas "à la place de".


Peut être faut-il s'intéresser aussi à la validité de cette offre en tant que telle, à l'heure actuelle ce sont pour beaucoup des multinationales liées de très près aux fournisseurs d'accès à Internet ou autres opérateurs de téléphonie qui proposent la VOD avec leur abonnement, la première fois ou j'ai assisté à la présentation de ce type d'offre (aux rencontres nationales de discothécaires à Nantes) c'etait par Orange, précurseur à l'époque.

Déjà, on avait le sentiment que ce service qu'on imaginait plutôt chez un éditeur cinématographique et non chez un opérateur téléphonique n'existait que parce qu'il représentait un moyen d'attirer de nouveaux clients. Je n'ai pas l'impression que les choses aient beaucoup changées, bien au contraire, Free par exemple a fait de même avec la musique : en s'abonnant chez ce FAI, une offre de musique en ligne est proposée au nouvel abonné et s'interrompt des que l'abonnement est résilié. De même l'offre VOD d'Arte n'est-elle pas un moyen (certes légitime) d'attirer les internautes sur son site ?

Pourquoi proposer la même chose que ce que l'on trouve sur le net mais en plus compliqué ?

Nous devons orienter nos offres, nous différencier, et je reviens sur mon cheval de bataille, l'offre locale ou régionale : quelques uns d'entre nous ont la chance d'avoir des agences régionales de l'image, il doit être envisageable de collaborer avec eux et on pense bien sur au mois du film documentaire qui est une vraie belle occasion de créer des transversalités.
La médiation culturelle (la fameuse valeur ajoutée) : Constituer une offre réfléchie oui et pourvoir communiquer autour, la faire connaître, la mettre en valeur...

Ce travail peut se faire sur une collection constituée par le bibliothécaire mais si c'est uniquement pour promouvoir Arte quel est l'intérêt ?


1 commentaire:

Dominique Lahary a dit…

Merci de cette réponse !
Je retiens deux choses :

1) "Pourquoi proposer la même chose que ce que l'on trouve sur le net mais en plus compliqué ?"
Cette idée revient souvent dans les discussions. Dans le monde physique, on trouve à la bibliothèque à la fois plus (des collections telles qu'elles ne se trouvent pas dans le commerce) et moins (on n'est jamais sûr d'avoir exactement ce qu'on veut surtout si c'est ce que tout le monde veut en même temps). Dans le monde dématérialisé, on ne sait plus. Je crois que c'est trop tôt pour savoir. Une des hypothèses est qu'il n'y a plus rien à offrir sinon sur un créneau particulier comme le local : ce serait une rupture avec la bibliothèque-médiathèque de masse développée à partir des années 80. Nous verrons.

2) Les quelques offres actuelles nous emprisonnent dans le catalogue d'un fournisseur, ce n'est plus NOTRE catalogue, la collection que nous avons constituée. Deux hypothèses : ou bien c'est un moment à passer, celui de l'émergence par petits bouts, patientons. Ou bien c'est celui de la maîtrise documentaire perdue. Je crois assez à cette dernière hypothèse car elle est déjà à l'oeuvre en BU, avec les bouquets des fournisseurs de périodiques en ligne. Et à propos de valeur ajoutée, il m'est venu, en discutant avec un de ces rares fournisseurs numériques pour bibliothèques qui me disait que ses clients voulaient absolument choisir, donc retirer du catalogue offert sans que le forfait ne diminue, qu'on en était plutôt à la "valeur diminuée".

Nous vivons des temps décicément troublants.