mardi 21 octobre 2008

Le plan Besson

On en parle beaucoup ces jours-ci, le plan Besson vient d'être rendu public, ce plan dit Besson du nom de son auteur Eric Besson, s'appelle en fait :
et propose 151 actions visant, entre autres, à permettre à tous les français d'accéder aux réseaux numériques !
Contrairement à la commission Olivennes qui avait misé sur le tout répressif. Certaines orientations rendent ce plan intéressant, il présente, bien sur de gros défauts : les DRM même si le constat est fait de leur inefficacité restent d'actualité.
Les défenseurs du logiciel libre se plaignent de son absence dans ce plan.
Il n'y aura pas, non plus, de 4e opérateur, et d'après ce que j'ai entendu sur France Inter, ce matin, c'est dommage pour nous consommateurs, car nous ne pourrons pas bénéficier d'une baisse de prix qui aurait déjà du avoir lieu, il plane d'ailleurs à ce sujet comme un soupçon d"'entente" entre les opérateurs de téléphonie dits "historiques"...
Il est reproché aussi à ce plan de ne pas avoir de budget pour toutes les mesures qu'il propose !

Mais, c'est du côté des bibliothèques que les choses ont l'air d'évoluer, peut être grâce au fait que les membres des associations professionnelles ont réussi à se faire entendre lors des consultations ?
Arsène Ott, président de l'ACIM, a fait une lecture intéressante d'un point de vue de bibliothécaire de ce plan et en a fait part aux abonnés de la liste professionnelle "discothecaires_fr", je reprends quelques uns des points soulevés qui me paraissent intéressants et me tiennent à coeur et je vous invite à lire la suite dans son mail.

Arsène Ott pense que les bibliothèques ont des cartes à jouer notamment en cherchant à :"Améliorer les conditions d'accès, de diffusion et de conservation des contenus numériques à l'usage des bibliothèques publiques" (cf. précisément action n° 54).

Quelques "actions" qui interpellent les bibliothèques :

" (...)
Action n°26 : Développer les espaces publics numériques.
Action n°27 : Favoriser l'usage du numérique par les seniors.
Action n°28 : Développer l'usage du numérique par les personnes handicapées.
(...)
Action n°39 : Favoriser le développement de nouveaux produits et services en créant un portail unique d'accès aux données publiques dont la conception sera pilotée par l'APIE.
Action n°40 : Mettre en place une "passerelle" francophone agrégateur de contenus en partenariat avec les pays membres de l'Organisation internationale de la Francophonie. Pérenniser le soutien à la politique de numérisation engagée par la BnF en vue de contribuer à la bibliothèque numérique européenne Europeana, ainsi que le portail du réseau francophone des bibliothèques nationales numériques, en promouvoir la visibilité et l'accessibilité, dans un souci d'ouverture et dans le respect du droit d'auteur. Action n°41 : Favoriser la réutilisation des données publiques grâce à des licences type élaborée par l'APIE. L'APIE étudiera les moyens de ne pas faire obstacle à l'utilisation des données dites "orphelines".
Action n°42 : Définir les conditions selon lesquelles les institutions culturelles françaises pourraient permettre l'utilisation de reproduction d'oeuvres du domaine public leur appartenant, pour favoriser la diffusion du savoir.
(...)
Action n°52 : Organiser une réflexion interprofessionnelle pour définir les conditions d'une interopérabilité des contenus numériques (formats et gestion de droits). Promouvoir notamment le partage des métadonnées descriptives des ouvrages numériques, en vue de l'établissement d'une base unique d'identifiants des oeuvres.
(...)
Action n°54 : Engager au niveau européen une réflexion portant sur l'extension au livre numérique du taux de TVA réduit d'ores et déjà applicable au support physique.
Les bibliothèques et médiathèques sont des lieux d'apprentissage et de partage de l'information. L'accès au numérique doit leur être largement facilité, par des offres variées et complètes à des tarifs non prohibitifs. Une évolution vers une plate-forme unifiée permettrait aux bibliothèques d'élargir et de simplifier l'offre de contenus numériques présentés à leurs publics. Action n°55 : Améliorer les conditions d'accès, de diffusion et de conservation des contenus numériques à l'usage des bibliothèques publiques, dans le cadre de l'élaboration d'un Schéma numérique des bibliothèques par le Conseil du livre, à l'usage des bibliothèques publiques, en s'inspirant par exemple de l'initiative allemande de centralisation des plates-formes d'achat de contenus.

(...)

Plusieurs actions me laissent à (rêver) penser que l'idée de plateforme musicale (appelée répertoire des oeuvres (mais sans DRM;-)dans le plan Besson) déjà évoquée ici et là, enrichie par des bibliothécaires musicaux est une bonne idée et un bon début.
De la même façon que nos prédécesseurs avaient pris des risques en prêtant des vinyles, nous pourrions nous aussi numériser et mettre à disposition des fonds collectifs, mutualisés sur un portail unique à disposition des usagers ?

6 commentaires:

eric1871 a dit…

oh très bien... tu veux me mettre à la retraite ?
En effet, qui viendrait à la médiathèque s'il avait accès à toute la musique depuis chez lui sur un portail unique.
On sait déjà le mal que nous font Deezer et consort, mais là vraiment, je n'ai plus qu'à mettre la clé sous la porte et à trouver un autre métier (je sais : je répète ce que je disais à XG au mois d'avril).

Les bibliothécaires musicaux a dit…

You know what, I'm APIE ! Sérieusement, l'ACIM et l'IABD ont vraiment fait du bon travail de sensibilisation. Il reste à présent à proposer des pistes concrètes s'agissant de la construction de "cette plate-forme unifiée permettrant aux bibliothèques d'élargir et de simplifier l'offre de contenus numériques présentés à leurs publics".
Jolie photo. Métaphorique ? :-) NB

Sophie a dit…

@eric1871 : non bien sur, même si pour ma part des fois j'aimerais bien y être ;-)
Les pratiques de nos usagers ont évoluées, tu l'as remarqué aussi, mais plutôt que de considérer Deezer comme un concurrent, je persiste à penser que si nous sommes sur Deezer ou ailleurs avec nos playlists par exemple, nous pourrions donner envie de venir à des usagers qui n'en auraient pas eu l'idée,dans un lieu ou ils pourraient trouver de la musique sous toutes ses formes, avec des bibliothécaires pour en parler... En vrai ;-)

Sophie a dit…

@emediamus : metaphorique oui dans le sens ou elle illustre pour moi la fracture sociale et numérique. Je l'ai prise en vacances dans le Rouergue ou nous avions fait une halte à la fontaine du village, clinquants et prétentieux avec nos VTT et shorts et t-shirts en fibre dernier cri, et cette femme sans âge est passée, on parlait la même langue, on vit dans le même pays, et pourtant j'ai senti un fossé encore plus grand avec elle que je n'ai pu le ressentir au fin fond de l'atlas marocain avec les gens que je croisais...

Anonyme a dit…

Fin des discothèques et début de l'ère des Espaces musique, c'est ça ou le trou. Et ça passera par les plateformes unifiées. D'ailleurs l'ensemble de la réflexion collective actuelle ne porte plus que sur ce concept.

A propos de la photo, je crois qu'elle illustre une fracture bien plus ancienne, commencée dès après la guerre, celle de la profonde rupture ville-campagne.

eric1871 a dit…

Non ce n'est pas Deezer qui me pose problème, on en a déjà débattu ailleurs, même Deezer nous soulage des "consommateurs de musique" qui jusque là nous forçaient à commander des "produits saisonniers", et autres disques supposés être attractifs, ceux là qui vont maintenant chercher leur soupe sur Deezer nous permettent de nous recentrer sur la musique.
Et donc sur ceux qui sont intéressés par la musique. Si ceux-ci désormais peuvent trouver nos collections bien numérisées et bien taggées sur le net effectivement, comme dit au dessus, c'est la fin des discothèques, des bibliothèques musicales... Car avec qui pourrons nous parler en vrai de notre passion. Qui se déplacera pour risquer de ne pas trouver le document qu'il cherche alors qu'il est disponible en ligne ?
Je te l'ai dit lorsque nous nous sommes vus : moi je fais du service personnalisé, j'essaie de trouver ce que les gens sont venus chercher, qui est presque toujours différent de ce qu'ils demandent en réalité