dimanche 21 novembre 2010

sachons raison garder

On assiste aux prémices d'une période trouble et sombre du net qui risque d'être une occasion bénite pour enfin censurer cet espace de liberté : on se fait virer de son boulot parce que l'on a critiqué son entreprise sur un espace que l'on pensait public, de plus en plus de cas de harcèlement se font par l'intermédiaire du net...
Les exemples se multiplient et même si personnellement j'ai tendance à penser que tout cela vient essentiellement d'une mauvaise gestion de son identité numérique. mais, je vous l'accorde, c'est un point de vue un peu réducteur et ce n'est pas totalement le sujet de ce post (un peu long)

Je voulais revenir sur les bibliothécaires et la communication (en même temps c'est valable pour toutes les personnes qui commentent), on le savait ça n'est pas leur fort, certes on a fait des progrès mais nous sommes encore très maladroits et on le constate justement avec l'arrivée de la seconde vague de bibliothécaires sur le net. J'appelle "seconde vague" ceux qui s'y mettent maintenant parfois contraints et forcés faute de mieux et peut être aussi parce qu'à force de prêcher on a fini par en convaincre quelques uns... (N'y voyez surtout aucune discrimination d'âge, de technicité ou autres, il s'agit là d'un constat)
La situation fait que faute d'outils de communication dédiés on retrouve de plus de plus de bibliothécaires sur Twitter ou/et Facebook.
Tant mieux ? Oui bien évidemment sauf que l'on assiste à un mélange bizarre entre les profils privés et les profils publics. Je l'ai déjà dit, mais devenir "ami" avec une bibliothèque me gêne pour de multiples raisons déjà évoquées ailleurs, par contre devenir "amie" avec une bibliothécaire oui bien sur.
Mais encore une fois là n'est pas la question, même si on constate une méconnaissance des réseaux sociaux, on ne peut reprocher aux gens "d'essayer" ? Non ce qui est gênant ce sont les comportements que cela génère : Le net est un espace de libre expression, je le répète mais chacun doit savoir modérer ses propos ou réfléchir aux conséquences que ceux-ci peuvent avoir : rien n'est privé, le penser est illusoire !

Pourquoi j'écris cela ? Parce que cela fait plusieurs fois que j'assiste à des échanges "violents" de la part de gens très bien dans les deux cas avec à chaque fois des points de vue intéressants et légitimes.
Le point de départ trouve la plupart du temps son origine dans des commentaires personnels qui expriment un ressenti auxquels répondent d'autres commentaires basés eux sur un point de vue professionnel lui aussi légitime. Ce décalage donne lieu à une incompréhension de part et d'autre que l'absence de modérateur contrairement aux forums ou autres listes ne peut réguler, surtout si la personne à l'origine de l'article/billet/post est elle-même impliquée et ne peut éventuellement jouer ce rôle naturel.

Je n'ai pas de solutions, c'est un risque normal qui naît à chaque fois que l'on découvre ses outils que l'on n'a pas l'habitude d'utiliser et que l'on confond la sphère privée et la sphère professionnelle. Confusion facile à faire lorsque l'on a dans ses contacts famille, collègues, amis (ces deux derniers du fait de notre implication dans nos professions pouvant être les mêmes ;-)
Je n'ai juste aucune envie d'assister à une biblio-frisation de Facebook, je n'ai pas envie que ce soit à nouveau les mêmes qui commentent et les autres qui se taisent parce que untel est cons' ou untel est président de telle association. NON ! 
Chacun est libre de s'exprimer et on doit être capable de s'entendre !
Alors que faire ? 
De manière générale :
- Avant de vous lancer, observer les usages. (ne jamais hésiter à demander conseil)
- La netiquette insiste sur la bienveillance à juste titre : certains sont maladroits et il vaut mieux s'assurer du sens d'un com' avant de s'emporter (et moi la première j'ai tendance à réagir de la sorte mais ces quelques années à traîner sur le net m'ont appris à me modérer)
- Il est d'usage de ne pas reprendre quelqu'un qui fait des fautes : pas d'humiliation !
- Vous vous exprimez bien, vous êtes à l'aise ? C'est bien mais par pitié n'écrasez pas les autres de votre science pour autant.
- Ne jamais s'en prendre aux personnes elle-même mais aux idées développées.
- Réfléchir à sa présence et à ses propos : sans pour autant se censurer, il ne faudrait pas non plus tomber dans l'excès inverse et ne plus rien commenter : il doit y avoir débat c'est sain et formateur !
- On es tous à égalité sur la toile : l'inégalité vient par la suite de la connaissance ou pas des outils. Il n'y a pas de hiérarchie professionnelle sur les réseaux, si elle existe c'est parce qu'elles sont créées par les individus eux-mêmes. Maintenant c'est à vous de mesurer si il est vraiment judicieux d'aller "poker" votre conservateur, mais inversement vous pourrez vous poser vous interroger si votre cons' met des photos de ses vacances à Ibiza ;-)
Et un dernier pavé dans la mare : une des raisons pour lesquelles on trouve de plus en plus de bibliothécaires perdus sur les réseaux sociaux est en partie due à l'absence d'un outil fédérateur avec des règles simples on l'on ne mélangerait pas les deux sphères (je sais je me répète mais quand je vois les dommages collatéraux ça me met hors de moi) 
Mais aussi parce que la plupart de nos associations sont incapables de gérer une identité numérique et par là-même de montrer l'exemple ! (voilà c'est dit !)


5 commentaires:

Aurélie a dit…

Biblio-fr ? ;-p

eric1871 a dit…

Beaucoup de choses dans ce billet...
Je crois qu'il est naturel pour la première génération d'internautes de mêler les deux sphères. Mais en même temps nous maîtrisons l'outil et voyons à peu près jusqu'où ne pas aller trop loin...
Nous avons fonctionné en pensant à la mythique "netiquette" assez naturellement, mais je crois que la massification du net ne peut se prévaloir de cette sorte de code de conduite, non écrit, intuitif et co-opté.

Pour conclure, en tous cas pour le moment, je pense pour ma part (et mon cas personnel) que le fait d'avoir eu une identité internet avant d'y ajouter mon identité professionnelle facilite le mélange des genres sans trop de risques pour mon identité privée...
Il me semble indispensable qu'on éduque aux réseaux sociaux aussi bien les digital migrants que les jeunes qui eux n'ont aucune idée des limites entre ces sphères pour la plupart.
Qui doit faire cette éducation ?
J'en sais rien... les bibs ?

Pascal a dit…

Je suppose que l'article fait référence, au moins en partie, aux commentaires sur les articles de "MagBu" sur une fameuse journée d'étude de l'ABF.
Sur la "biblio-frisation" de FB, avec notamment comme phénomène une forte agressivité dans des débats dont les enjeux ne justifient pas une aussi forte... combativité, c'est une des raisons pour lesquelles, vers la fin de biblio-fr, je ne participais plus aux débats, ayant l'impression que "tout ce que je dirais pourrait être retourné contre moi". En tant que président de l'ABF, je ressens toujours ça, et je n'ai pas l'impression que ma parole soit libre. Cela peut sembler paradoxal, mais je n'arrive pas à éviter de penser que le fait que la parole du président de l'ABF, même "protégée" par la mention "s'exprimant à titre personnel", pourrait être interprétée comme une prise de position au nom de l'association toute entière. Ce n'est pas simple. J'ai tout de même réagi récemment. Je trouvais que les appréciations notamment d'Alain sur son blog Ma(g) BU, si légitimes soient elles sur le fond - et j'ai déjà dit que je pouvais partager assez largement ce genre d'impressions -, étaient sur la forme un peu dures, un petit peu injustes. Et certains commentaires sur son blog ou sur FB encore plus, confondant un peu hâtivement les personnes, les fonctions, les démarches, les décisions du BN de l'ABF. Bon, comment faire, sur les outils à notre disposition (FB, blogs) pour réagir contre ce qui nous semble être un peu injuste sans envenimer le débat ? Ce n'est pas facile, surtout lorsque on a l'impression que l'on est plus corseté par sa fonction (prés. de l'ABF)que son interlocuteur, dont on a l'impression qu'il ne prend pas vraiment de gants ! Je ne suis évidemment pas pour autant une victime , mais je veux témoigner ici de réelles difficultés de communication, que tout le monde rencontre, y compris les membres du BN de l'ABF.

Toftaky a dit…

Facebook pose beaucoup de problèmes. J'y suis depuis 2008 et je ne suis toujours sûr de rien. Inscrit sur mon nom de baptême, je voulais y retrouver mes amis éparpillés partout.Puis sont venus mes amis discothécaires qui m'ont amenés tout un tas de bibliothécaires. Au bout d'un moment, on se retrouve devant LE choix : ouvrir ou fermer ? Moi j'ai ouvert et je préviens en général que mon FB est de genre privé et pas professionnel (pour ça il y a Twitter !). Je n'ai jamais voulu fermer mon FB car je pense que le but est de se rencontrer, d'échanger. S'il y a des frictions, des échauffourées, des malentendus, tant mieux c'est qu'il y a de la vie ! Et quand ça trolle sévère, un petit ménage dans les contacts et hop !
Christophe/Toftaky/Debbie Harry ;-)

François Lemarchand a dit…

Nous avons tous des seuils de tolérance différents au phénomène d'imbrication des sphères publiques et privées. Sincèrement, pour pratiquer les réseaux sociaux depuis plusieurs années, je ne me suis jamais senti gêné aux entournures par rapport à ce problème. A contrario, je dirais bien que les soucis arrivent quand on cherche à se dissimuler derrière plusieurs identités pour le gérer.

Nous évoluons dans un milieu lié à la culture, et fatalement, peut-être avec plus d'acuité que dans d'autres secteurs, nos choix et options personnelles viennent interférer dans notre conception de nos fonctions. Reconnaître et accepter cela, c'est aussi peut-être accepter la part d'humanité qui sauvera les institutions que nous défendons avec coeur (et là, c'est une option personnelle, désolé).

Par rapport à biblio.fr, je voudrais exprimer aussi un regret, peut-être partagé par d'autres, c'est que s'exprimer par ce mode demandait quand même un bagage et une certaine aisance d'expression. Je n'ai pas souvenir de beaucoup de messages postés par des assistants de conservation, par exemple. Clairement, on n'osait pas parce ce qu'on avait un peu les jetons de se faire gentiment ridiculiser. J'allais dire "avec le répondant qu'il y avait", mais cela dépasse ma pensée en fait.

Peut-être qu'un des aspects positifs qu'on peut reconnaître aux réseaux "dits sociaux" est de libérer la parole, avec probablement quelques effets de bord, mais ça reste une expression à mon avis à prendre en compte, sans la restreindre à quelques débordements qui ont pu se produire.

La formulation "s'exprimant à titre personnel" me reste insupportable, nonobstant. Nous restons des individus avec une vie, avant d'être des agents.