lundi 1 octobre 2012

j'ai lu un livre...

[Addenda : Ce message était en cogitation dans mes brouillons, une mauvaise manip l'a fait apparaître et comme il est inutile de chercher à effacer ses traces sur le net je le laisse. Je le laisse tel quel brut de décoffrage avec ses défauts liés à l'emportement. Et finalement il tombe à pic en cette semaine de bannedbooks : la censure ça marche dans les deux sens ! ]

.. oui encore un mais pas n'importe lequel :
J'ai lu le Richard Millet 
Intriguée par ces journalistes qui hier l'encensaient et aujourd'hui le brûlent. Parce que je doute de ces mêmes journalistes qui font du dernier livre d'un écrivain dépressif un chef d'œuvre et la une de leur journal. Je n'avais pas envie de me contenter de quelques phrases bien tournées pour me faire ma propre opinion, d'un pseudo-débat ou il n'y a aucune argumentation. D'ailleurs après avoir lu ce livre j'attendrais de ses détracteurs qu'ils écrivent une réponse en reprenant tous les arguments de Millet, ce serait intelligent et salutaire.
J'ai acheté ce livre qu'aucune bibliothèque au nom de la censure bonne morale ne veut acheter, voulant faire jouer mon libre arbitre et voir de quoi il en retournait exactement.
Et si les thèses de Millet sur le multiculturalisme sont indéfendables "nous qui mesurons chaque jour l'inculture des indigènes ".
Quand Millet parle de littérature, il sait de quoi il parle, et des le début du livre Il annonce son intention de ne faire aucune concession, il sait que ces propos vont provoquer un choc.
Mais son regard sur la littérature est acéré, intelligent, passionnant et, oserais-je même dire, drôle :
Quand il explique comment Eco a rasé sa barbe et le nom de la rose par la même occasion ?
C'est vrai personne ne s'en est vraiment formalisé, non ? On a presque plus entendu parler de la réécriture du "Club des cinq" que de la simplification du "nom de la Rose".
Dans toute la partie "langue fantôme" il s'en prend d'ailleurs régulièrement à Umberto Eco (dont on pourrait s'attendre à une réponse cinglante de la part cet écrivain remis en cause ?mais il ne me semble pas avoir lu la moindre réaction d'Umberto Eco ?)
Dans ces circonstances et tant d'autres, comment ne pas être d'accord avec lui quand il s'offusque du nivellement par le bas
Peut-on lui donner tort quand il compare la disparition des livres dans la littérature d'Huxley et Orwell et notre société qui se détruit en produisant plus de livres qu'elle ne peut en lire ? La disparition pour cause de surabondance ? Comment trouver à lire dans cet océan de parution ? Surtout quand on sait que les quelques titres qui surnageront le seront grâce à des critiques de journalistes dont l'honnêteté peut être mise en doute ? Je vous passe ce qu'il décrit comme un enfer logorrhéique qu'est la toile et les réseaux sociaux ( je n'en attendais pas moins de lui ;-)
Son passage sur la fin de l'influence de la langue française à l'étranger est lui aussi tellement réaliste. Il compare le français et l'espagnol et le succès des écrivains espagnols à l'étranger alors que l'écrivain français doit se résigner à ne pas sortir de l'hexagone. La littérature française pourtant autrefois si admirée.
J'avoue apprécier aussi quand il explique que la culture a été remplacé par "le culturel". C'est vrai on n'ose plus parler de culture même dans les conversations les plus anodines, la culture fait peur. Mais par contre le culturel est servi à toutes les sauces, tout comme les intellectuels (toujours de gauche)c'est presque devenu une insulte : "nan mais laisse tomber c'est un intello !" (extrait d'une conversation de Generation Y parlant de son frère ;-)
J'aime aussi quand Millet invente le nom de "narratique" pour définir cette nouvelle littérature sans style, parce que c'est plus facile à lire, pourquoi s'embêter avec des figures de style que de toutes façons les lecteurs ne vont pas comprendre... Réalité corroborée par l'explosion de la chick-lit, du roman pour adolescent et autres,  nouveaux sous genres mais de plus en plus lus par des adultes ?
Vous allez me dire que je renie mes valeurs ? non non je lis toujours tout et n'importe quoi et oui je regarde aussi "l'amour est dans le pré" mais j'ai l'impression d'arriver à faire la part des choses, de garder un oeil critique ("ma part de cerveau disponible") et le livre de Richard Millet m'aide à rester en alerte à ne pas hurler avec les loups.
Oui j'ai tendance à penser comme lui et à croire que notre vieille Europe humaniste et ses valeurs sont en train de se perdre (il suffit de regarder ce qui se passe avec les caricatures de Mahomet ou la tradition du bouffe-curé français est bien mise à mal)
Alors qu'allons-nous faire ? Les bibliothèques n'achèteront pas ce livre... Pas toujours en connaissance de cause mais sur la base de ce qu'il en aura été dit. C'est dommage et c'est prendre les lecteurs pour des .... Bref.
Mais reste la question de ses  autres oeuvres ? Va-t-on les garder ? Ce type est un fasciste, on ne peut le laisser répandre son poison ? Non bien sur ce serait stupide ?
Parce que Millet est un grand écrivain, le réduire à ce pamphlet est une exécution sommaire à laquelle de toutes façons il s'attendait.
oui
le 21 décembre 2012 verra bien
non pas du monde
mais d'un monde
celui de la vieille Europe humaniste.

2 commentaires:

eric1871 a dit…

Grand écrivain ? j'en doute. En tous cas, à relire ses propos sur la musique d'il y a quelques années, il a toujours été réac. Il me fait penser à D. Sallenave tiens. Le fait que le réac penche de plus en plus à l'extrême droite porterait plutôt à croire que, pour quelqu'un qui se méfie tant de la modernité, il est très tendance...
Faisant confiance à ton analyse, je dirais que sur le fonds il n'a pas tort. En plus, on participe à cette invasion du "culturel" parce que la tutelle réclame qu'on fasse du nombre...
Là où je nuancerais cependant, c'est sur l'influence du français dans le monde. Elle baisse ? La belle affaire. Que pouvons nous si les vrais écrivains sont de langue hispanique (ou japonais. Avant que d'en arriver à parler de "narratique", il faut prendre en compte que le roman balzacien, dans lequel nos auteurs restent peu ou prou englués, a vécu. En conséquence, je suis le premier à ne pas lire les romans de la rentrée (je viens d'en feuilleter un, il m'est tombé des mains).

DaftPunk a dit…

Pour ajouter à la provocation de Millet, j’ajouterai que le bibliothécaire lui-même se rend coupable de la pensée unique, mais aussi du nivellement par le bas. En lecture publique, le seul crédo est désormais celui du divertissement au sens pascalien du terme. Le divertissement comme diversion et engourdissement progressif de la conscience du monde. Ce nivellement répond à une double injonction. 1. Il faut donner du "feel good" à nos usagers. 2. Il ne faut pas les inquiéter davantage en situation de crise.
Le rejet des intellectuels est celui de la bonne conscience des masses. Il est surtout là pour conforter la fuite en avant de notre société. Jamais dans notre société les échanges n'auront été aussi rapides. Jamais ils n'auront été en contrepartie aussi superficiels. Dans ce contexte, il devient malaisé de s'attarder, de se poser pour réfléchir. La réflexion est vécue comme une anomalie. D'autant plus lorsqu'elle remonte à l'origine du mal. D’autant plus si elle s’attaque à des tabous tels que la mort de notre société.
La littérature donc, comme miroir de notre nation. Mais aussi de l’état du monde. La France, devenue terre de médiocrité, car elle a vendu son âme collective au profit de la mondialisation. Nos intellectuels enseignent à l’étranger. Nos créateurs et artistes s’expriment hors de la métropole. Qui en France aura reconnu Derrida ? Pour quoi faire, nous avons Michel Onfray !
Breivik est le rejeton de cette société malade. Il est aussi celui par qui s'annonce l'effondrement d'un système. Les politiques renoncent à annoncer la vérité aux français. Ils n’inventent rien, et constatent impuissants le déplacement des richesses de la nation. Et nous parlons aussi bien des richesses humaines que matérielles.
Plus inquiétant, l’évolution du genre humain qui devient progressivement un robot. En effet, nos vies sont devenus tellement réglées, tellement cadencées jusque dans nos moindres déplacements, que rien ne doit dévier de cette trajectoire. Tout est rationalisé, optimisé. Le spirituel est évacué. Plus de temps pour s’intéresser à notre condition. L’Histoire n’a plus d’importance puisque l’être humain est totalement déraciné. Un robot n’a que faire d’une philosophie des lumières. Il travaille au black.
Alors bon, Millet n’invente rien lui non plus. Tout a déjà été écrit. Il faut relire les philosophes. Derrida disait depuis une éternité que la parole a pris le pas sur l’écrit. Les paroles s’envolent, seul l’écrit reste. La chute de la culture a bon dos. C’est celle de la société occidentale dont il faudrait plutôt s’inquiéter. Multiculturalisme ? Je ne sais pas ce que ça veut dire. A mon sens, seule l’Allemagne a une réelle cohérence dans son identité. Et pourtant, elle accueille une communauté turque parfaitement intégrée dans les milieux artistiques. Bref ...
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