femmes de

Je voudrais rendre un hommage aux femmes dans cette triste aventure #petroplus.
Aux femmes des salariés de cette raffinerie,
A celles qui depuis 14 mois, dans l'ombre, supportent tant bien que mal stress, angoisses, gère le mari, les enfants, les parents; les beaux-parents (pas les plus simples ;-) la maison...
Celles qui confectionnent les gateaux qui agrémentent les barbecues,
celles qui confectionnent la mascotte "Hope"

Celles qui restent une planche ou plutôt un pilier quand tout se casse la figure.
Celles qui si elles ne sont que des dommages collatéraux ont fait de ce combat le leur, parce qu'il les touche de plein fouet.
Bref celles qui gèrent un quotidien devenu bien compliqué !
Lors de la dernière AG devant la raffinerie un journaliste est venu vers moi a regardé mon badge et m'a demandé :
"Vous etes salariée de Petroplus ?"
"Non je suis un dommage collatéral !"
"..." 
"Vous n'êtes pas salariée ?"
"Non je suis un dommage collatéral, une femme de..."
"ah ! et c'est votre mari à côté de vous ? Il travaille chez Petroplus ?"
Et à partir de là, le journaliste m'a tourné le dos et m'a superbement ignoré !
Son interview j'en avais rien à f... Mais le principe m'a mis hors de moi : Me considérer comme quantité négligeable ! Merde on est là depuis 14 mois qu'il vente, pleuve, neige, il nous est même arrivé de mourir de chaud ! (Si si c'est possible ;-)

On est là, pas toujours toutes en même temps, ça varie selon nos emplois du temps, oui faudrait pas non plus perdre la deuxième source de revenus du foyer quand il y en a une !
On vient d'horizons différents entre la mère au foyer, la formatrice, la bibliothécaire... On était là devant la raffinerie, devant le tribunal, devant le MEDEF, devant la préfecture, dans les rues de Rouen, à Val de Reuil...
On est toujours là, on tient bon, on supporte... Des fois on se dit, de plus en plus souvent d'ailleurs, c'est fichu !
Ah bah non ils continuent à y croire ? Bon on va rien dire pour pas les démoraliser. On rassure les enfants, les ados : "mais pourquoi il cherche pas déjà du travail ?" on explique une vie/ une carrière, Papy, papa... Ce que eux ne connaîtront jamais. Le drame de se retrouver au chômage dans une société qui considère comme fini la carrière d'un homme de 48 ans dans une région où l'emploi est sinistré.
Des fois il nous arrive de parler entre nous : "et le tien il réagit comment ? Il en parle ? Moi il dit rien, je sais pas quoi faire..." Je sais qu'il arrive à certaines de craquer et de ne pas réussir à retenir leurs larmes.
Une cellule psy a été mise en place pour les salariés mais pour les "femmes de" ? Elles ont quoi pour se raccrocher ? Elles ont pris double peine . On rétorquera que c'est moins grave, ce n'est pas elles qui perdent leur boulot, certes c'est pourquoi je tiens à leur rendre hommage à ses "soeurs de galère" que j'aurais aimé connaître dans des temps meilleurs.
D'ailleurs peut être qu'on devrait s'organiser un petit truc entre "femmes de..." Un moment ou l'on se retrouverait autour d'un thé, café, vin chaud et autres douceurs pour parler, partager ?

Commentaires

Anonyme a dit…
Bonjour et merci..je suis une femme de..parmi tant d autres et comme tous les jours plusieurs fois je vais glaner sur internet un mot un espoir de bonne nouvelle pour les petroplus. Je crois que le bon qualificatif pour moi en tout cas est "usée" par la situation et je me retrouve totalement dans votre description. Mais parce qu'il faut tenir, parce que quoi qu'il arrive la vie continuera, il faut rester ce pilier dont vous parler. Courage à toutes! Que ferais nos hommes sans nous n'est ce pas;-)
Sophie a dit…
merci à vous pour ce témoignage
Oui ils nous ont et nous les avons, et ce truc entre nous et bien ces Messieurs de petroplus ou autres ne l'auront jamais ils ne sont pas assez subtiles pour ça. Et puis il faut se dire que malgré l'usure nous les avons toujours et ça c'est l'essentiel. Mais il est tout de même temps que ça se termine ( positif ou négatif )
Anonyme a dit…
émouvant intéressant
un bon journaliste aurait fait du bon boulot en t écoutant
courage à toutes

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