jeudi 11 octobre 2007

L'enquête du Credoc expliquée aux nuls

Ce matin j'ai eu la chance d'assister, grâce à ma collectivité, à une conférence sur les résultats de l'enquête du CREDOC relative aux bibliothèques et à leurs usagers.
Brillamment orchestrée par Christophe Evans, sociologue à la BPI, brillamment, oui le terme n'est pas anodin : captiver un auditoire installé dans de confortables et moelleux fauteuils baignant dans une pénombre et bercé par le ronronnement du rétro-projecteur, avec un sujet ou les statistiques ont la part belle : jolie performance ! Merci

Tout d'abord amis disco-, vidéo-, phono-, thécaires des chiffres qui font mal :
les fonds des bibliothèques françaises sont constitués de :
92 % d'imprimés
7 % de phonogrammes
1 % de vidéogrammes


Contextes et objectifs :
[... L'enquête du CREDOC avait pour but de mesurer les changements survenus depuis la dernière enquête qui datait de 1997 ( la première étant de 1979 !), d'évaluer l'impact sur les Bibliothèques du "relâchement culturel" et d'apprécier l'incidence sur les bibs du basculement dans la société Internet...]

Après être parvenu à une moyenne nationale de 18 % du taux d'inscrits, c'était depuis le calme plat, jusqu'a ce qu'apparaisse les premières baisses...
Les chiffres laissent quand même à penser que tout n'est pas perdu :
si 60 % des bibs sont à la baisse 40 % connaissent une hausse !

Données qualitatives :
Dans l'esprit des français les bibliothèques sont aussi importantes que le droit à la santé, au logement ou à l'éducation (oufffff !)
Mais l'image et la visibilité sont désastreuses ! (Christophe Evans déplorait, à juste titre, le manque de signalisation des médiathèques dans les villes).
Liées à une méconnaissance des français de ce que sont devenues les bibliothèques, nous arrivons à des chiffres, malgré tout fort honorables :
Avec 35 % d'usagers, nous arrivons dans le classement devant les musées ! Yessssss
Parmi ces 35 % : 21 % sont inscrits et 14 % ne le sont pas et sont donc deux fois plus nombreux qu'en 1997 !
4 usagers non-inscrits sur 10 déclarent avoir empruntés des documents au cours de l'année, (vive le trafic de cartes :-))))

Prendre en compte les non-inscrits est une donnée importante, car nous avons tous ressentis cette baisse de prêt dans nos structures, tout en subodorant une fréquentation à la hausse, l'enquête du Credoc le confirme.
Il faut quand même être vigilant à certaines baisses notamment celle des 15-24 et des 35-44 ans (vous savez la ménagère de moins de 50 ans ! Au fait Télérama fait un article sur elle cette semaine ;-)
Au passage aussi, la déclaration choc du sociologue qui a fait réagir une bonne partie de la salle : "Une pratique qui se féminise est une pratique qui se dévalorise" (Nannn ne bondissez pas ce n'est pas un jugement de valeur mais un facteur sociolique, en tout cas ça n'a pas fini de jaser dans les chaumières ;-)

Revenons à nos moutons : La Bib attire de plus en plus d'usagers occasionnels et la durée de visite s'allonge (tu m'étonnes puisqu'ils sont pas inscrits sont bien obligés de consommer sur place !)
On vient moins souvent à la bib mais les occasions sont plus fréquentes ! (là j'ai du avoir une absence car j'avoue ne pas comprendre le sens du propos, je le mets quand même au cas ou quelqu'un aurait une idée ;-)
la bibliothèque c'est l'empire du milieu la classe moyenne y règne !
Nous n'enregistrons que 7% d'étudiants (bon si ils ne sont pas non plus dans les BU, ou sont-ils ?)
Le premier frein à la fréquentation est le manque d'habitude chez les non-inscrits
et le manque de temps pour les ex-usagers, arrive ensuite et seulement le problème des horaires d'ouvertures.

Je n'ai pas noté tous les chiffres mais par exemple les non-inscrits lisent beaucoup de magazines (bin oui de la même façon pas façile de lire "guerre et paix" sur place ;-)
On peut donc légitimement se poser la question : ne doit-on pas adapter nos collections à ces non-inscrits ?

Autre grande question la démocratisation des bibs a-t-elle échouée ?
Une fois de plus merci aux non-inscrits car c'est là une réussite, c'est ce public qui représente la fréquentation la plus élargie (au niveau des catégories socio-professionnelles)!
On peut quand même s'enorgueillir d'être l'établissement culturel qui permet le mieux la mixité sociale, on est même devant le cinéma ! Et toc !

La diversité des usages :
1 chiffre :
le travail sur place : 37 % utilisent les docs de la bib / 32 % viennent avec leur propres docs !

La j'ai pas aimé :
Pour trouver un roman à lire, la bib reste le premier lieu qui vient à l'esprit, ce qui n'est pas le cas pour la musique ni pour les films, la bib est complétement absente les gens pensent avant tout aux grandes surfaces spécialisées ou pas ! (et M... )

Internet est le premier vecteur de recherches documentaires y compris chez les usagers inscrits.
(que celles qui n'ont pas marmiton.org dans leur favoris lèvent le doigt ;-)

Pour conclure :

30 % des français estiment que c'est un lieu austère qui rappelle la scolarité (Bon c'est pas tout ça mais on a du pain sur la planche...)


Il ne s'agit que d'une vue partielle et partiale (la moulinette de mon cerveau peut avoir quelque peu perverti les propos de Christophe Evans ), le mieux étant encore de lire cette enquête qui vient de paraître : "Les Bibliothèques municipales en France après le tournant Internet"

3 commentaires:

dbourrion a dit…

Merci pour ce retour, Sophie. Quelques remarques au débotté :
1. Internet premier vecteur de recherches doc : eh oui, donc nos OPAC n'intéressent personne... Ce sont des outils de bibliothécaires pour des bibliothécaires... Jetons nos OPAC et allons là où nos usagers font leurs recherches : sur le net
2. Où sont les étudiants ? : pas dans les BU non plus, ou alors, quand ils sont dans les Bu, dans les salles de libre accès au net. Sinon, où sont-ils ? Ben sur le net, sur des chats, sur Myspace, Facebook, etc... Encore une fois, peut-être qu'il faut aller les chercher là...
3. Image et visibilité désastreuses + lieu austère qui rappelle la scolarité : nous ne pouvons nous en prendre qu'à nous-même... :-) Là encore, quand donc sortirons-nous de nos bibliothèques (physiquement ou informatiquement) plutôt que de rester dans ces dernières à attendre le chaland ? Et puis quand est-ce que l'on pourra rire dans les bibliothèques ?...

bibliobsession a dit…

Ce billet sophie, c'est mon coup de coeur de la semaine, bravo bravo! :-)

Sophie a dit…

Daniel : Je koz pô b1en le txto pour alé chaT sa va tro vite ;-)