vendredi 16 novembre 2007

Bibliobus

Catégorie : souvenirs de campagne...

le bédépiste !

Kezaco me dires-vous ?
Personnel qui travaille dans les bibliothèques départementales de prêt (BDP)

Kezaco s'exclame à nouveau l'interlocuteur lambda ?
Et là vous prononcez le mot magique qui allume aussitôt le regard de votre interlocuteur d'une lueur attendrie et le plonge dans l'univers merveilleux de l'enfance :


le bibliobus !

C'est absolument incroyable, toutes les fois ou j'ai prononcé ce mot, il y a toujours eu quelqu'un pour dire "ah oui ! j'en ai connu un !
(L'impact du bibliobus c'est autre chose que l'image de la BM dans l'imaginaire collectif ;-)

Mais derrière cette image idyllique il y a une réalité : Le bibliobus est composé de deux individus
un homme qui ouvre les portes du garage
et
une femme qui ouvre les portes du savoir
(en fait les rôles ne sont pas aussi clairement définis souvent y'en a une qui fait les deux ;-)

Et, très très important, ils ne sont pas mariés ensemble !
C'est aussi l'exception de la profession : le personnel féminin met très rarement une jupe : essayez donc d'escalader les sièges de la cabine d'un camion avec une jupe parce que le chauffeur n'arrive pas installer le marchepied !
Et puis la jupe ça ne va pas avec les après-ski : jamais je n'ai réussi à ne pas avoir froid aux pieds dans un bibliobus à part l'été quand il fait 50° sans air dans le camion en plein soleil sur la place du village qui a eu la mauvaise idée de couper les platanes sous prétexte qu'ils étaient tous malades. L'autre gros souci du bibliobus c'est le repère dans l'espace : perdez-vous un jour dans les chemins creux normands avec un camion et vous verrez après vous pourrez envisager le Paris-Dakar sans crainte.



La pomme de discorde (en dehors du chauffage, des stabilisateurs qui si ils ne sont pas mis laisse peu d'espoir à la digestion de votre petit-déjeuner) entre la bibliothécaire et le chauffeur : le sémaphore !

Kezaco dira encore le néophyte ?
Voilà le bibliobus est un camion qui parfois doit manoeuvrer dans un mouchoir de poche sous peine d'emporter un peu le balcon de la mairie du village dont le maire est un peu le président du conseil général, en résumé votre patron !
C'est d'ailleurs là que j'ai appris ce qu'était un porte-à-faux !

Donc pour éviter ce genre d'incident, il faut un sémaphore qui se présente en général sous la forme d'une bibliothécaire emmitouflée dans un bonnet, cache-nez, gants et après-ski qui souffle de la vapeur à force d'hurler (c'est d'ailleurs à ça qu'on reconnait une bibliothécaire fraîchement embauchée : elle n'a plus de voix !)

La bibliothécaire expérimentée au nez-rouge à force d'années passés dans le froid à faire le sémaphore ne hurle plus : car rien ne sert de crier pour aider le chauffeur à garer le bus, il n'entend rien !
Le plus simple étant de faire des gestes (oui c'est vrai ça peut devenir des gestes obscènes si le chauffeur ne comprend rien !)
Attention quand je dis des gestes ce n'est pas un simple mouvement de l'index ou du pouce non !surtout pas !
Pour être vu : il faut de grands gestes avec les bras, oui tel le sémaphore sur le porte-avion ! (Dans cette situation vous priez pour que personne ne vous voit ;-)
Ce qui est très drôle aussi c'est quand la BDP est située à côté d'un bar-bureau de tabac et que lorsque vous arrivez à 19h et qu'il y a une P... de voiture garée devant la barrière, parce que de toutes façons on sait bien qu'après 16h les fonctionnaires ne travaillent plus, donc on peut se garer même si c'est interdit.
Qui c'est qui s'y colle pour aller hurler (encore ) dans un café enfumé "elle est à qui la voiture qui empêche le bibliobus de rentrer ?" et qu'en général personne ne se manifeste (trop peur de se faire engueuler) ?
La solution étant de remonter dans le camion pour la 15e fois de la journée (la première marche devant être située au moins à 70 cm du sol !) et d'attendre qu'un bouchon de voitures bloquées par le bibliobus se forme et que le concert de klaxons couvre le bruit du moteur, là vous avez juste envie de disparaître sous le siège, mais quand même un petit moment jouissif c'est quand le type sort finalement du bar et se fait huer par les conducteurs des véhicules bloqués ...

A lire comme ça on pourrait penser que c'est un calvaire, mais non être bédépiste c'est un moment exceptionnel et inoubliable dans la vie d'un bibliothécaire, qui m'a permis d'emmagasiner suffisamment d'anecdotes pour faire un post sur ce sujet de temps à autre...

Pour se documenter sur le sujet : un certain Philippe Delerm a écrit une nouvelle sur une des tournées que je faisais (oui c'est vrai et oui j'en profite pour faire ma crâneuse ;-), sinon il y a aussi la bande-dessinée "n'oublie pas les fichiers" qu'avait édité la BDP du Haut-Rhin et qui est un vrai régal mais qui doit être introuvable mantenant....


5 commentaires:

Virginie a dit…

Souvenirs, souvenirs...qui ne me font pas regretter personnellement de travailler maintenant au chaud (hors panne de ce p... de chauffage au sol), dans une bib avec ascenceur (dont je n'ai pas la clé mais je peux toujours en emprunter une à une de mes colllègues), un lieu vaste entourée de "plusieurs" collègues (ok je partage mon bureau avec le seule homme de la bib mais au moins je suis pas obligée d'aller déjeuner au resto avec lui quand il est mal luné !!!!)
C'est bon le luxe...

dguilbaud@cg37.fr a dit…

La poésie des bibliobus ne m'a jamais fait vibrer, tout comme celle des poids lourds en général. D'ailleurs en indre et Loire, il n'y en a plus, comme çà les bibliothécaires volontaires peuvent chosir dans les différents sites de la BDP dans des collections de 10 à 30000 ouvrages. Finis aussi les conflits larvés entre biliothécaires et chauffeurs qui se haissaient et ne mangeaient donc pas ensemble, l'un au restaurant l'autre dans le "camion", histoire de pratiquer au quotidien la lutte de classes, par ailleurs hardemment défendue par qui vous savez (ceux qui voudront comprendre comprendront!). Fini aussi le conflit féminin-masculin: qui commande dans le bibliobus ? Le chauffeur responsable du véhicule ou la bibliothécaire responsable de la diffusion des documents ? Bref de mon point de vue que des avantages; et je ne parle pas du chauffage, du garage, de la pollution dans la cour, des maires pas content de ce gros engin mal garé, etc... Et au final, personne ne veut le croire: un réseau de bibliothèques réellement en développement et un nombre de lecteurs grandissant.

mosava a dit…

Bien vu !
Très important.
Ne jamais critiquer le mairie, car l'épouse du maire fait souvent partie de l'équipe de bibliothècaires volontaires.

cyclo-lecteur a dit…

Oui, y a beaucoup de vrai dans vos commentaires.
Pour ma part, j'ai des souvenirs plus lumineux, de l'époque héroïque où il n'y avait qu'un seul bibliobus... La BCP tournait et, pour ma part, je m'entendais bien avec le chauffeur. Faut dire que je l'avais recruté, et qu'il aimait le vélo comme moi... Chaque trimestre, je faisais avec lui une tournée de deux jours avec repas et nuit à l'hôtel dans un petit village des nords de l'Adour, loin des tracas de la BCP...
Je ne sais pas si maintenant il y a du mieux. Sans doute les bibliothèques se sont multipliées (parfois médiathèques). La majorité des collègues que je continue à rencontrer (je suis retraité) me disent qu'il y a une chute vertigineuse des prêts, sauf pour les CD et les DVD. Peut-être lit-on différemment ?
Ou trop de profusion tue !!!

Ewan Monnot a dit…

"Et, très très important, ils ne sont pas mariés ensemble !"
Non mais... Un de mes anciens directeurs racontait qu'il lui était arrivé lorsqu'il était à la tête d'une BDP d'aller chercher dans une chambre d'hôtel le conducteur et la bibliothécaire...
:)