Amendes

Je reviens sur le sujet des "pénalités de retard" (déjà je déteste le terme) suite à mon histoire de petite souris ;-)

C'est vrai que si cela dépendait de moi il n'y aurait pas de pénalités, éventuellement des travaux d'intérêt général comme le faisait remarquer Valérie dans les commentaires, qui contribueraient à faire découvrir notre métier.

J'entends toujours le même argument : la responsabilisation des usagers (car tout le monde sait que les usagers de bibliothèques sont des délinquants potentiels).
Or il s'agit d'un système répressif qui ne responsabilise personne.

Pour avoir pratiqué les deux, je n'ai jamais remarqué que le paiement des amendes responsabilisait qui que ce soit, bien au contraire : Combien de lecteurs ne reviennent pas, à cause de ce système, parce qu'ils n'ont pas les moyens ou pas envie de payer !
Je cite (encore) mon expérience personnelle de ménagère de moins de 50 ans, mais si je ramène mes livres (à peu près ;-) en temps à la bibliothèque, c'est parce que je sais que derrière moi d'autres attendent pour lire ou écouter le document que j'ai emprunté.
Un minimum de pédagogie se révèle toujours plus efficace qu'un système répressif, y compris chez la ménagère...

La suspension de prêt ne me parait pas un système beaucoup plus fiable, c'est là aussi un excellent moyen de ne pas voir revenir les usagers : J'ai (aussi) vécu ce genre d'experience, qui a fait que je n'ai jamais remis les pieds dans la ludothèque que je frequentais avec mes enfants :

j'ai rendu des jeux en retard (juste 2 jours de retard). Quand la ludothécaire m'a annoncé que j'étais punie, j'ai cru à une blague ! Mais non elle etait sérieuse et envisageait de me priver (enfin surtout les enfants) de la possibilité d'emprunter des jeux. Elle m'a annoncé une suspension de prêt de plusieurs semaines !
Cela fait maintenant plusieurs années que je n'y vais plus.


Si les menaces de répression ont la plupart du temps l'effet inverse (ou aucun effet) sur celui escompté : j'ai des lecteurs qui lorsqu'ils arrivent, sortent systématiquement leur porte-monnaie car ils se savent incapables d'être dans les temps et pourtant ils rendent toujours leurs livres, la vraie menace et la grande peur du bibliothécaire est ne pas voir revenir le livre ou le CD.


Quand vous voyez partir le catalogue des osieaux à 250 € ce n'est pas du retard dont vous avez peur mais de la perte du document et les amendes de retard n'y changeront rien bien au contraire. Quand ils nous arrivent de téléphoner à des usagers dans l'espoir de voir revenir les documents non rendus, on s'abstient d'évoquer d'éventuelles amendes de retard car on sait pertinemment que cela pourrait constituer un frein au retour des documents.


D'un point de vue de responsable de bibliothèque, je suis aux pemières loges, je vois les amendes comme une source systématique de friction avec les usagers, quand on m'appelle au secours c'est en général pour ce genre de problèmes.
Et je me dois de montrer l'exemple (quitte à piquer les sous de la petite souris ) vis à vis du personnel et aussi parce que ma bib fait partie d'un réseau : si je commence à faire grâce des amendes pour des cas aussi peu plaidables que la petite souris, on va me tomber sur le dos vite fait. (on ne rigole pas avec l'argent public)
Je vous rassure, on a convenu de ne pas faire payer les lecteurs hospitalisés ! Mais bon c'est tout juste si on ne leur demande un certificat, c'est vrai, qui sait peut être que certains lecteurs-délinquants nous mentent ;-)

L'autre problème généré par les amendes se situe au niveau de la gestion : mon adjoint responsable de la régie a quand même failli devenir parano au point de changer la combinaison du coffre plusieurs fois par mois : il avait peur qu'à force d'appuyer sur les mêmes touches un éventuel voleur puisse repérer les touches ! Ce qui me mettait dans une situation délicate lors de ses absences ou j'ai parfois eu des sueurs froides 5 min avant l'ouverture de la bib à m'interroger sur la bonne combinaison et à stresser à l'idée de ne pas pouvoir sortir les caisses !

Et je ne vous parle pas non plus des caisses à ramasser le soir et à transporter sans les faire tomber jusqu'au coffre !
Le pire, quand il est en vacances, est que je dois compter ces cochonneries de pièces de 0.05, 0.01, 0.02€ toutes sales ! Et dieu sait si il y en a avec des amendes à 0.15€ ! Opération à faire discrètement, car vous vous retrouvez avec des tas de pièces (si vous etes doués ce sera de beaux cylindres mais ce n'est pas mon cas) étalées partout sur votre bureau.


Je vous épargne aussi les tableaux excel issus des cerveaux démoniaques de la compta qui n'a pas compris que ce n'était pas là le coeur de notre métier et que nous ne baignions pas dedans à longueur de journées, et là ou un comptable passe 5 min, nous il nous faut 3X plus de temps.

Sans parler de l'absence de garde du corps lors des transports de fond ;-)

OUI je suis CONTRE les amendes et POUR les bibliothèques gratuites !

Les commentaires sont ouverts : pour ou contre ?

Commentaires

Rincevent a dit…
Puisque les amendes font fuir les lecteurs, alors remplaçons les par les coups de fouet ! Un par jour de retard. C'est pédagogique ça, hein ? Non ?

Plus sérieusement, il y a un truc que j'ai du mal à comprendre, c'est le fait qu'on cherche toujours à arranger les gens en dehors des clous alors qu'il y en a tant qui se décarcassent pour être dans les temps (on a vu des mamies pleurer pour un petit retard exceptionnel mais exigeant de payer). Rien que vis-à-vis de ces gens là, je trouverais injuste qu'on ne pénalise plus. Qui plus est, il est possible de demander à faire prolonger le prêt si on pense être trop juste.

Beaucoup de personnes m'ont dit considérer les amendes comme quelque chose de normal et même utile. Et l'envoi de courriers par mail accélère encore les choses en supprimant les délais de la poste.

Rincevent, pour les amendes et pour la gratuité.
Madame Thécaire a dit…
Dans ma bibliothèque, tout est gratuit et il n'y a pas d'amendes. Parfois certains lecteurs abusent, mais ils respectent majoritairement les règles du jeu. "Surveiller et punir", ce n'est pas vraiment notre coeur de métier, n'est-ce pas ?
J'ai entendu dire que dans certaines bibliothèques scandinaves il n'y avait pas de règles de prêt : les gens empruntent ce qu'ils veulent, dans la quantité qui leur convient. Je trouve ça plutôt bien. Je ne sais pas si un tel système serait applicable en France.

Donc, vive la gratuité et pas de punitions pour les usagers des bibliothèques. Efforçons-nous de ne pas leur imposer trop de contraintes inutiles !
En fait, à qui profite l'argent des amendes ?
Laféeféline a dit…
Dans la bu où je travaille, le prêt est de 2 semaines, ce qui est vraiment peu et force donc les lecteurs à être en retard !! La punition est 1 jour de retard = 1 jour d'interdiction de prêt.
Il est possible d'annuler la suspension, mais le problème est que chacun (dans le personnel) fait comme il veut et donc les suspensions peuvent sauter très facilement ou pas du tout! Il n'y a pas d'uniformité, ça pose problème à force.
La dernière fois que j'ai supprimé une interdiction c'est parce que la lectrice pleurait à l'accueil...
Anonyme a dit…
bonjour,

j'ai vécu toutes ces expériences en BM: les enfants qui pleurent parce qu'ils ne peuvent pas emprunter, la caisse à compter et à mettre au coffre, les "ah mais la dernière fois on m'a pas fait payer", les "je veux voir un responsable" (ah là, pas de bol, c'était moi), les bouquins et surtout les lecteurs qui ne reviennent pas (et en BM, ça veut dire échec sur toute la ligne, non?), et je suis, je demeure absolument contre les amendes, ni utiles ni pédagogiques ni dissuasives.
J'avais horreur d'être responsable de la caisse, horreur d'annoncer que le règlement c'est le règlement et surtout, horreur de faire pleurer un lecteur en couches-culottes.
Je n'ai pas de solution de remplacement, je n'en ai pas encore trouvé.
voilà!!!

Lilou
Séverine a dit…
Dans la bibliothèque que je fréquente, il n'y a pas d'amende. Après quelques lettres de rappel, j'étais tellement embêtée qu'aujourd'hui je fais mon possible pour ramener mes documents dès que je les ai lu, vu, entendu, souvent entre 10 et 15 jours sur les 21 accordés, notamment parce que je réserve des documents et que ce n'est pas drôle d'attendre plus de deux mois alors qu'une réservation est bloquée à deux demandes (soit 6 semaines de délai d'attente normalement) pour voir sa réservation satisfaite.
Les amendes sont dissuasives, la souplesse du règlement est un critère d'adhésion du public.
Que ne fait pas le bibliothécaire pendant qu'il tient le rôle de percepteur du trésor public ? Quelle barrière il entretient avec le public dans ce statut de guichetier ? Moins de temps à consacrer au lecteur...
Merci pour ce billet.
MxSz a dit…
Le débat porte sur les amendes, mais rarement sur les interdictions de prêt. Il me semble que ce n'est pas la même chose.
Le problème dans l'établissement universitaire où je bosse, c'est que la fréquentation diminue depuis quelques années. Si on limite le prêt, on se tire une balle dans le pied.
Pour les BU, je suis donc résolument contre.
En BM, à titre d'usager, je suis contre aussi. J'ai très souvent rendu des ouvrages en retard en BM (je ne me vante pas, mais c'est la réalité) : jamais un seul bibliothécaire n'a mis le livre de côté parce qu'il était réservé, jamais on ne m'a contacté pour me dire qu'un document était attendu. Mon cas est illustratif et non représentatif, mais il me semble que l'argument selon lequel une longue file d'attente de lecteurs attend impatiemment un ouvrage qu'un mauvais citoyen a conservé trop longtemps ne concerne que certains types de documents précis - les nouveautés notamment.
A titre professionnel, je suis tellement content qu'un livre resté cinq ans dans un magasin soit consulté que je serais prêt à le prêter 6 mois.
Yvonnic a dit…
Autant je milite pour la gratuité totale (20% des bibliothèques en France), autant je suis pour l'application de fortes pénalités, réellement dissuasives (je ne comprends pas le principe de l'amende symbolique "pour le principe", qui n'atteint evidemment pas son objectif).

Responsabiliser le lecteur c'est surtout lui faire comprendre qu'il appartient à une "communauté de lecteurs" et que son attitude est réellement pénalisante pour les autres. Et ça c'est le plus difficile. Pas plus individualiste qu'un lecteur!

D'un autre côté il faut se donner des garde-fous : nous avons mis des années (qui dit réseau dit discutailleries et chipotages à perte de vue) à faire comprendre qu'il ne fallait pas calculer l'amende en fonction du nombre de livres empruntés et de la durée de retard, mais uniquement appliquer un forfait sur la durée. Sinon on en arrive à pénaliser davantage les gens qui lisent beaucoup, ce qui est contraire à notre mission.

Autre précaution à prendre c'est de donner la possibilité d'une bonne prolongation (chez nous elle est equivalente à la durée du prêt de base soit 3 semaines + 1 semaine de "battement" c'est à dire de retard signalé mais non penalisé. Ce qui veut dire qu'un lecteur peut de fait garder son livre 8 semaines sans amende. (C'est déja très excessif, mais presque personne n'utilise ce temps dans sa totalité, hereusement). Il reste à faire accepter l'idée qu'il puisse effectuer sa prolongation par telephone ou pas mail (mais le réseau, tatati tatata...). On y travaille.

Je n'ai pas observé à titre personnel de fuite du lecteur pénalisé. Du moins pas suffisamment pour que cela soit statistiquement utilisable.Je ne sais pas si la baisse du lectorat général ne nous amène pas à adopter des compromis un peu illogiques pour "garder de lecteur" à tout prix.

Sur la perception d'agent il y a deux problemes majeurs. Le premier est que la tarification (en general, pas seulement les amendes) brouille la notion de service culturel public. Autrefois les gens payaient à chaque prêt, dans les bibliothèques associatives, et l'acceptaient parce qu'ils savaient que cet argent servait à acheter des livres. Aujourd'hui ils sont très étonnés quand on leur explique que l'argent retournera au budget general via la perception .

Deuxieme probleme, il a été prouvé que le temps passé à faire sa caisse, remplir les carnets à souche, et toutes les manipulations de ce genre, effectuées par le regisseur et ses co-régisseurs, équivalaient à quasiment sur l'année un poste à plein temps ! C'est un argument économique majeur pour la gratuité: la perception d'argent a un coût, bien supérieur au revenu qu'elle génère. C'est donc une aberration economique. Mais sommes-nous dans une logique économique ?

Reste la perception des pénalités. Un coût "citoyen" est-il acceptable tout de meme ou restons-nous dans la logique économique pure ? Dans ce cas,il faut supprimer toute tarification . Y compris celle des photocopies, copies d'imprimante etc...

Comme on le voit, quand on s'attaque au sujet sur le fond, ça devient complexe. D'autant plus qu'il y a aussi une question de cohérence générale : il existe pour chaque commune une grille de tarification des services publics (piscine, location de salles, transports etc...). C'est un choix politique local. Pourquoi la mediatheque échapperait-elle à la loi commune ? C'est encore plus complexe quand certains services relèvent de l'intercommunalité et d'autre de la commune (et vive les rezos, zozo !).

Restent nos désespoirs éternels : le gamin qui vient consulter mais n'emprunte plus parce que ses parents ont voulu le "responsabiliser" sur ses retards en lui faisanbt payer l'amende sur son maigre argent de poche. Du coup, le môme a vite fait son calcul...
Sommes-nous (aussi)réformateurs de la famille ?

Pour l'anecdote, on a chez nous une particularité amusante : quand quelqu'un perd sa carte (petit bout de plastique simple, coût de revient insignifiant, commande par lot de 1000), on lui fait re-payer une cotisation complète ! Les grands perdants de ce petit jeu : les gamins. Demande des lecteurs : vous ne pouvez pas me garder ma carte, j'ai peur de la perdre....

Je tiens à la disposition de qui le souhaite un argumentaire sur la gratuité que j'ai rédigé et actualisé pour mes élus, et que je leur présente chaque année au moment du vote des tarifs , en vain. Mais je ne me décourage pas.

Amicalement,

PS. Je n'ai rien contre les réseaux. Mais passer un an à mettre d'accord une quarantaine d'élus sur trois chiures de mouches dans un règlement intérieur, sachant que les chers petits sont emberlificotés dans des discordes perso-politichiennes qui prennent regulièrement le dessus sur les questions de fond, ça use le temperament). Si y a qu'ont du vécu la-dessus ça m'interesse.
Rincevent a dit…
Merci beaucoup Yvonnic pour ce commentaire très intéressant. Je pense également que s'il doit y avoir des amendes, elles doivent être forfaitaires. De plus, et pour revenir au point de départ, les cartes enfant ne doivent à mon sens pas avoir d'amendes à payer. C'est le cas dans mon réseau : jusqu'à 14 ans les rappels sont gratuits, après c'est 1€ la lettre, que le courrier soit papier ou mail. Pour les pertes de cartes par contre, on fait payer 2€, l'abonnement continuant normalement.

De même il est possible de prolonger les documents lors de l'emprunt et à tout moment tant que la date n'est pas atteinte.
Pitseleh a dit…
A titre personnel, je note que notre système d'amendes - pourtant le plus dur que j'ai pu voir jusqu'ici - est majoritairement soutenu par... les usagers eux-mêmes. Dans la mesure où l'on propose de nombreuses solutions pour éviter les retards (prolongation par téléphone et en ligne, boite de retour...) le système d'amende ne me choque pas spécialement (et ce même en votant pour la gratuité de l'inscription) du moment que l'on garde un minimum de souplesse.
eric1871 a dit…
Nous sommes gratuits... pour les habitants de la commune (et chers pour ceux des communes voisines) et donc, il n'y a pas de pénalités de retard. Je ne suis pas pour. Je suis pour plus d'équité dans la tarification (une large possibilité d'exonération pour les habitants de la communauté d'agglomération).
Le système actuellement utilisé est la suspension de prêt pour une durée équivalente au retard... dès lors qu'il dépasse 15 jours.
Ce qui me paraît très large, laisse la possibilité de prolonger une fois, et de recevoir un courrier ou un mail. Cela n'évite pas les abus, mais cela a le mérite d'identifier clairement les "usagers à problème". Non les petits retards ne sont pas sanctionnés, et oui il arrive qu'un abonné ne revienne pas après une seule sanction.
Il n'y a pas de bonne solution à cette question. Personnellement, je me refuse à manipuler de l'argent liquide... Ce que je crois, c'est que tout le système dépend à la fois de la vision que nous avons de notre mission et aussi de la taille de nos fonds...
Nous sommes en train de mener une réflexion sur la possibilité de prêter "sans quotas"... de nombre de documents ; la durée de prêt devrait sans doute pouvoir être prolongée de façon importante... sous conditions...
L'ensemble de ces mesures réclamerait dans un premier temps, une gestion parfaite du système de prêt/réservations/rappels ce qui n'est pas si facile à mettre en place.
Anonyme a dit…
J'écris là comme 1) usagère de bibliothèque municipale : il y a longtemps, j'ai fréquenté une bib, à Paris, où l'amende pour retard était de... 1 centime (de franc) par jour... autant dire que c'était plutôt pousse au crime, vu que personne n'avait de pièces de moins de 10 centimes; j'en rigole encore... Aujourd'hui je fréquente une bibliothèque qui envoie un courrier de rappel, je rapporte les livres en retard, et je ne paie rien. Si on me réclamait une amende, je changerais immédiatement de crèmerie, pour tout dire; je trouve ça infantile (me responsabiliser ! j'ai passé l'âge, quand même, et il faut plus de quelques euros...) et quelque peu ridicule (comme l'a dit un précédent commentateur, je ne vois jamais que le livre réclamé soit mis de côté parce que réclamé par quelqu'un...)
2) comme responsable de bibliothèque(s) depuis 30 ans : les amendes et les punitions n'ont jamais eu d'autre effet sur les lecteurs que j'ai fréquentés (BM, BU...) que celui de les faire définitivement disparaître... Les étudiants qu'on punit par une interdiction de prêt nous rigolent au nez et se débrouillent autrement; est-ce que c'est vraiment le but de l'opération ?? En revanche, j'ai parfois signé des courriers indiquant le prix d'achat d'un livre non rendu (mon record : 700 Francs..), et le livre prétendument disparu a refait surface très très vite !
Voilà...
Tout ça n'est pas méchant, mais pourquoi se complique-t-on ainsi la vie ? Il n'y a pas de risque vital, ne confondons pas nos fichus réglements avec le code de la route; et tâchons quand même de temps en temps de réfléchir à l'objectif final : pour moi, c'est donner à lire, fournir de la documentation. Pas de faire appliquer un réglement !
Yvonnic a dit…
Attention à la cohérence.

Autant un débat ici ou interne à chaque collectivité sur ces sujets est important, pour faire évoluer pas mal de choses, ne serait-ce que pour trouver une cohérence entre tarifications et fréquentation, pénalisation et dissuasion, autant j'ai l'impression à la lecture de certains commentaires que pas mal de collègues sont finalement prêts à s'accommoder de leur règlementation quitte à "arranger les choses" au coup par coup.

Cela s'appelle clairement agir à la tête du client. C'est incohérent et cela décrédibilise l'ensemble des règles qui peuvent être fixées dans une bibliothèque. N'invoquons pas la bêtise éventuelle de "nos fichus règlements" pour justifier d'une "souplesse", qui consiste à faire sauter une pénalité de temps en temps quand une lectrice pleure ou quand on craint de perdre un usager, ou parce qu'une innocente petite fille a ému notre petit coeur de bibliothécaire !

Battons-nous pour faire évoluer les choses pour tout le monde plutôt que de "faire sauter le PV" de madame machin pour des raisons compassionnelles. Nous nous faisons plaisir à bon compte en faisant "le bien" (finalement c'est très chrétien cette affaire) et affirmons aussi par là notre pouvoir (ça c'est plus sournois)et notre complicité-clin d'oeil avec le pauvre lecteur contre la méchante institution (ça c'est très hypocrite car nous sommes aussi l'institution)

Soyons honnêtes et combatifs mais ne jouons pas contre les règles du jeu (que bien souvent NOUS avons proposées aux élus, ou négociées à un moment). Pensons aussi à des aspects règlementaires plus complexes comme les chartes d'utilisation d'internet, dont le non-respect peut amener, en cas de bavure, la suppression du service rendu,la méfiance des élus et du public.

En se donnant l'illusion de jouer "Papy fait de la Résistance" nous nous tirons en fait une balle dans le pied. Car c'est l'ensemble de nos règles qui perdent leur sens. Et mème, au delà, notre propre légitimité (de bibliothécaire mais aussi de fonctionnaire garant de l'égalité de tous etc...).

Le combat est cohérent mais difficile. L'intervention compassionnelle est facile mais dangereuse et inefficace sur l'ensemble.

Et ce n'est pas de la morale, c'est du pragmatisme.

Accepteriez-vous en tant qu'usager de fréquenter d'autres types de services publics (mairie, perception...) où on fonctionne à la tête du client, à la "souplesse" ,à l'humeur de l'accueillant (ou à son besoin de rédemption), et où ,donc,toutes les règles peuvent être niées à tout moment ?

Nous vivons dans une société où les pratiques inégalitaires et "personnalisées", le passe-droit, le piston, sont déja assez présents sans en rajouter à notre niveau. Ou alors arrêtons de nous prêter un rôle "citoyen"...

Et encore une fois, nous ne sommes pas des bourreaux qui auraient à se racheter une conscience en jouant la compassion vis à vis de nos victimes !

C'était la grosse colère d'un vieux con !
Sophie a dit…
Mais non Yvonnic, faut pas vous fâcher ! Pour une fois je suis d'accord avec vous, pire que les amendes,je ne peux appliquer un système qui fonctionne à la tête du client pour toutes les raisons évoquées, mais aussi parce qu'en tant que responsable c'est un système impossible à expliquer et déstabilisantpour une équipe. Et pour ma part le seul système simple et efficace qui règlerait tout serait la gratuité, l'accès à la culture pour tous ?
Rincevent a dit…
Ah bon sang, Yvonnic, ça fait du bien de lire des choses pareilles ! Parce que quand certains collègues avancent que "le règlement est fait pour être contourné" et que l'appliquer c'est être "psychorigide", on finit par se demander ce qu'on fout là.
Yvonnic a dit…
Merci Rincevent, vu que c'est pas souvent, comme me le fait remarquer notre charmante hôtesse qu'elle est d'accord avec moi (pourquoi au fait ?)

Mais je voudrais agrémenter son propos de quelques remarques assez peu langue de bois. (Et lui offrir ainsi sur un plateau l'occasion de me détester,puisqu'elle semble aimer ça, la desperate...).

"systeme impossible à expliquer et destabilisant pour une équipe"

Vous faites dans l'angélisme ma chère Sophie ? Que croyez-vous que s'acharnent à faire vos collègues et agents quand vous n'êtes pas à l'accueil ? Je peux vous le dire car c'est pareil partout : ils forcent le prêt un max. Parce que les agents à l'accueil fuient par dessus-tout les situations conflictuelles avec le public. Et c'est encore plus évident quand il s'agit de penaliser une amie personnelle, une ancienne collègue de classe, sa grand-mère (mais si, authentique) etc...Et parfois de souriants et musclés jeunes ephèbes.

Si on pouvait (mais au fait on peut peut-être...) demander à la maintenance de nous faire la liste de tous les "forçages de prêt" qui ont été effectués tel jour sur le poste de Madame untel, on aurait de quoi la faire passer en conseil de discipline. ça vaudrait au moins un blâme ou une mise à pied de trois jours, minimum, non?
Alors pourquoi on ne le fait pas, Madame Sophie ?

Parce que nous non plus ne tenons pas à nous retrouver en situation de conflit avec nos collègues.

Bref, tout le monde triche un max en faisant semblant d'ignorer ce que fait l'autre. Et tant que le chef ferme les yeux...

On appelle ça en psychologie une procédure generale d'évitement.Et dans le langage courant une mafia de fonctionnaires irresponsables. Charme des nuances...

Seuls ces petits arrangements entre amis nous permettent de continuer à fonctionner ensemble. Devant la hierarchie, on fait front, le doigt sur la couture du pantalon et le regard figé sur la ligne bleue des Vosges. Mais par derrière, c'est la cour des Miracles.

Un aveugle court aussi vite qu'un sourd quand il sent l'odeur de la soupe (ce qui dit bien à quel point le handicap est relatif.) Et bien un agent court aussi vite qu'un chef quand il sent le lecteur au bout du rouleau, pour forcer cette saloperie de logiciel à lâcher le morceau!
Bon ça fera bien l'objet de quelques minutes à la réunion hebdomadaire, mais pas trop. C'est tellement inutile...

Que faire, mais que faire, dis-je en me tordant les mains, pour convaincre ces malheureuses âmes perdues qu'elles sabotent le navire qui les soutient, que qui sème le vent récolte les emmerdes, que qui vole un oeuf vole un boeuf?

ëtes-vous d'accord avec moi, chère Sophie, sur ce constat très peu "politiquement correct" mais tellement humain , tellement authentique ?

Il y a bien les coups de fouet de Rincevent, mais ça laisse des traces. Des Travaux d'interêt général ? Et pourquoi pas une cagnotte : chaque fois que tu forces un prêt tu paies le dû de la personne dans la cagnotte collective. La cagnotte servira ensuite a payer l'amende des petites filles malheureuses, afin que leur sourire édenté de Cosette illumine comme d'une auréole de sainteté l'équipe repentie...

T'es d'accord avec Yvonnic ?
Sophie a dit…
Rhoooooo !
quand je disais que je n'étais pas toujours d'accord avec vous, je pensais à votre premier commentaire et aussi à d'autres échanges que nous avons pu avoir sur d'autres blogs...
D'ailleurs à ce sujet : non ! les blogs ne sont pas communautaires, ils sont sous la responsabilité de leur auteur (Dame pipi !) même si, leur richesse est parfois dans les commentaires que suscitent certains sujets (comme celui-ci ;-)
Evidemment que non, je ne partage pas non plus votre point de vue sur la mafia des fonctionnaires, cela se passe donc si mal chez vous pour en arriver à penser ainsi ?
ce qui me meut c'est mon envie de partage ici et ailleurs avec les usagers de la bibliothèque, dont j'aimerais bien qu'elle ne soit pas freinée par des tracasseries, comment vous dites déjà ? des chiures de mouches ?
PS : Je ne fais pas fond de commerce de la détestation, c'est juste que je suis un peu susceptible...
re-PS : je serais interessée par l'argumentaire dont vous parlez dans votre premier commentaire.
eric1871 a dit…
Je suis dubitatif sur les remarques précédentes... Nous vivons dans une société où tout fonctionne à la tête du client. La débrouille est érigée en vertu en France, il me semble...
Comme l'a dit quelqu'un : où est le risque ? D'accroître l'incivilité parce qu'on n'applique pas un règlement à la lettre ?
Personnellement, je ne débloque jamais de carte (on ne peut pas forcer le prêt sans cette manipulation), mais je suis comme notre hôtesse, pour rendre un bon service aux abonnés, qui viennent à nous, en général, en quête de calme et de détente...
On peut regretter d'être à l'ère de la culture-loisir, je reste persuadé que notre médiation se passe mieux s'il y a plus de droits que de devoirs.
Et je préfère qu'un document soit dans une famille pour 8 semaines plutôt qu'à prendre la poussière sur les rayons, ou pire, en réserve...
Yvonnic a dit…
Voici l'argumentaire demandé. Bon, la mise en page a disparu, mais comme ça tout le monde pourra en profiter. Entendons-nous bien : il ne s'agit pas nécessairement de mon avis personnel mais d'une synthèse destinée à des élus. Ce qui serait interessant c'est d'une part d' ajouter d'autres exemples de villes gratuites qui auraient évalué l'impact de leur passage à la gratuité, et d'autre part un deuxième volet sur les pénalités.Le fait de poster cet argmentaire sur un blog peut peut-être amener des réactions à ce niveau. Merci de l'héberger.

PS1 Sur votre réponse :Ne prenez pas tout au pied de la lettre !Je n'ai jamais "pensé" "mafia de fonctionnaires"(nous le sommes tous !), mais j'imagine que c'est ce que peut penser le public, la nuance est énorme, non ?. Par ailleurs, ça va très bien chez moi,merci. Justement parce qu'on se tient assez éloigné de tout ça.Vous me lisez de façon étrange,toujours au premier degré, ce qui est peut-être la cause de désaccords apparents: Quand je dénonce des situations qui me semblent négatives pour la profession, cela ne veut pas dire que je les vis au quotidien, sinon ça fait longtemps que je serais en psychiatrie...
PS2. Pour votre susceptibilité, c'est de notoriété publique si je puis dire. Pardon de m'en être amusé un peu facilement.

Bon, au boulot :

L’impact de la gratuité sur la fréquentation des bibliothèques

Synthèse de données réalisée dans une optique gestionnaire, et reprise actualisée d’un argumentaire effectué en 2001.

La notion de « Coût par usager »

Le « Coût par usager » est un indicateur de performance très classique, et applicable à toutes les bibliothèques, défini par la Norme internationale ISO11620 (Indicateurs de performances des bibliothèques (norme française AFNOR Z48-005 ).
Le calcul de ce coût est « le montant total des dépenses ordinaires (dites aussi dépenses de fonctionnement) de la bibliothèque au cours d’une année budgétaire, rapporté au nombre d¹usagers. »
Les bibliothèques publiques françaises peuvent ainsi prendre pour référence les dépenses de fonctionnement prises en compte par le concours particulier en faveur des bibliothèques, en bref, les dépenses directes d’achat de livres et autres documents, dont les abonnements, les dépenses de reliure, de fournitures diverses, etc. ainsi que les dépenses de personnel, charges sociales comprises. Ce rapport est généralement rempli par le service financier de la collectivité et certifié par le TPG. Il s’agit donc d’une source fiable de comparaison

Les conséquences probables de la tarification.

Quelques projections permettent de les évaluer. On constate d’une part que si l’on prend en compte, comme il se doit, les dépenses de personnel, les recettes des tarifications sont tout à fait marginales. En outre, elles entrainent des frais de gestion (temps de traitement des recettes ou de l'examen des documents susceptibles d¹obtenir une exemption, paiement des régies de recette, gestion des régies d’avances, tarifs complexes entraînant des questions incessantes des lecteurs, tarifs non arrondis impliquant des rendus de monnaie systématiques, etc.), qu'il convient de déduire des recettes, et qui le plus souvent les dépassent..
Si, dans le cas d’une bibliothèque dont les services sont gratuits, l’on soustrait du nombre total des usagers, d’un coté les enfants - qui constituent autour de la moitié des usages inscrits, et sont généralement exemptés - et de l’autre le nombre d'usagers perdus par les effets que l’on vient d’évoquer, la tarification s'appliquerait alors à un maximum de 30% des inscrits, ce qui minore encore la part de la recette sur les dépenses de fonctionnement. Reste alors à déduire cette maigre recette des charges de fonctionnement, puis à diviser cette somme par le nombre d'usagers restant. En général le « coût par usager » explose !
On retiendra que l’inscription a donc un coût pour la collectivité. Si nous comparons la somme des recettes pour inscriptions et des autres recettes moins la somme des dépenses de personnel et des dépenses d’acquisitions, le tout divisé par le nombre d’inscrits, nous obtenons le « déficit direct par inscrit ». On observe alors que Le coût par inscrit se révèle inférieur de 14% (76 euros) dans les bibliothèques gratuites par rapport aux bibliothèques payantes (89 euros) (données 2000, actualisées).
Cette question de gestion mettant en lumière le fait que la tarification n¹allège pas de façon significative la charge de la collectivité, mais réduit par contre le nombre des bénéficiaires d’un service dont le coût de fonctionnement demeure constant, reste évidemment à débattre avec les responsables administratifs et politiques, en fonction de ce qu'ils attendent, en termes d'intérêt public, d’une tarification. C’est la traditionnelle question du « retour sur investissement »…
Un chose reste certaine : On évite, en économie publique, d’établir une taxe dont le coût du prélèvement soit supérieur à son produit…
On constate d’autre part des effets pervers, dont le premier est l’accaparement du temps du personnel au détriment de l'accueil du public. Il semble évident que l’on ne tient pas assez compte du coût de la perception et de la gestion de la recette ainsi perçue, non seulement en terme de « déficit direct » mais en énergie et en temps gaspillés. On a calculé qu’en Bibliothèque, le temps consacré aux tâches relatives à l’argent et aux comptes, tâches de régisseurs et adjoints, (délivrer un reçu, faire des rouleaux de pièces, tenir les pièces comptable, se déplacer en perception etc…) équivalait sur l’année à un demi-poste d’agent !
Autre conséquence constatée, dans la mesure où les règlements intérieurs ne l’interdisent pas : De nombreux adultes préfèrent utiliser la carte (gratuite) de leurs enfants pour leurs propres emprunts plutôt que de payer une cotisation.

Des exemples concrets

Données générales :
Le pourcentage d¹inscrits adultes est supérieur de 3% dans les bibliothèques entièrement gratuites.
75% des villes pratiquent la gratuité pour les moins de 18 ans et 20% ne font payer aucun droit, tous âges confondus. ( En 1992., 20,37 % des bibliothèques municipales déclaraient un « montant des droits perçus dans l’année » égal à zéro, et 19,6 % confirmaient toujours cette gratuité en 1999 (536 établissements sur 2 731).
Suite à une enquête de 1999 (ABF) portant sur 562 bibliothèques, il a été prouvé que le taux d’inscrits par rapport à la population était à l’époque de 21.48% pour les bibliothèques gratuites contre 19.16% pour les bibliothèques payantes. Soit un écart de 2.32%. Si l’on considère uniquement la population adulte, l’écart est de 3.08%,ce qui confirme l’influence de la gratuité sur le taux d’inscriptions.
Les bibliothèques qui pratiquent la gratuité prêtent en moyenne annuellement plus de 7 livres par habitant, contre 5.5 pour celle qui exigent une cotisation, même de niveau symbolique.

Exemples de villes :

La Bibliothèque municipale d’Autun est passée de la gratuité à la tarification en janvier 88.
Elle a perdu 30% de ses inscrits.

A Nîmes, la gratuité a été instaurée en 1996.
Le nombre des lecteurs a augmenté en une année de 24% (de 19 000 à 23 500 inscrits)

La Bibliothèque de Fumel (5400 habitants) avait toujours été gratuite sauf pendant une période de 5 ans. La ville a été contrainte de revenir à la gratuité parce que les inscriptions avaient baissé de façon importante. Le retour à la gratuité, fin 1995, s’est traduit par le doublement du nombre d¹inscrits adultes. (677 inscrits adultes en 1995, 1505 en 1996, 1423 en 1997, 1383 en 1998. Soit un passage d’inscrits actifs de 13% à 26% de la population.)

A Tours (123 820 habitants) La gratuité totale a été décidée en 2001. Le nombre d¹inscrits adultes et enfants est passé de 25 000 à 35 000, (passage de 20% à 28% de la population), et le nombre de prêts a doublé en 3 ans. Un effet durable puisqu’en 2005 la structure affichait encore 36 715 lecteurs pour un volume annuel de 770 000 prêts.

En Mayenne, (données collectées en 2000), sur 17 bibliothèques aux statuts différents 9 étaient gratuites, soit plus de la moitié ; Par ailleurs, entre Mayenne (gratuite) et Château-Gontier (payante),la différence en pourcentage d’inscrits par rapport à la population était alors de 15%.

A Mâcon, ville qui adopta l’inscription payante en 1993,on remarqua une chute des inscriptions de 40% dans les années qui suivirent.

On peut constater dans bibliothèques entièrement gratuites comme Limoges un taux d’inscription 3 fois supérieur à la moyenne nationale (45% contre 17,5% )

A Fontaine (Isère), le nombre d’inscriptions a doublé en 1 an, de janvier 2006 à janvier 2007, après le passage à la gratuité

Conclusions :

Il est donc prouvable que le coût et la complexité de la tarification entraînent une baisse des abonnements. On le sait par les villes qui ont opéré un passage à la gratuité, avec un gain important d’abonnements.
Même si le prix n’est pas le seul obstacle à la fréquentation des bibliothèques, il semble clair que la tarification ne favorise pas la fréquentation.
Dans tous les cas Il n’a à ce jour jamais été démontré que les effets d’une tarification, même modeste, pouvaient être de nature à améliorer la fréquentation d’une bibliothèque. On peut donc au contraire penser que ces tarifs dissuadent une partie du public et notamment celui pour qui l’usage de la bibliothèque ne s’impose pas de prime abord comme une nécessité culturelle.
Par ailleurs la tarification brouille la notion de service culturel, qui devient un service commercial. C’est d’autant plus pervers que l’argent perçu pour les droits d’inscription ou autres n’est pas redistribué dans le budget de la bibliothèque. Le public des bibliothèques associatives accepte ainsi de payer des droits dont il sait que chaque centime permettra d’acheter des ouvrages. Ce n’est plus le cas pour le service public.
La logique des bibliothèques est une logique de service public et culturel, et si les bibliothèques faisaient payer la totalité des coûts directement par leurs usagers, elles basculeraient dans une optique commerciale, qui remettrait en cause leur identité et leurs missions. Ne pas être un service commercial fait que la rentrée financière de la bibliothèque n'est évidemment pas proportionnelle à sa fréquentation.
Enfin la perception d’argent dans les bibliothèques amène des conflits potentiels avec les usagers. Du fait de ce risque conflictuel, les personnels se contraignent souvent à des vérifications et à une minutie (notamment avant l’application d’une pénalité) qui pèsent lourdement sur leur disponibilité d’une façon générale. Les contrôles des agents sur place par les Perceptions ont le même effet psychologique.
La tarification peut enfin pénaliser plus lourdement le lecteur occasionnel, qui hésitera à prendre une inscription pour un petit emprunt. Peut-on prendre le risque de démotiver les lecteurs occasionnels, et notamment les estivants ?

On constatera également qu’il apparaît que la qualité ou la quantité des services proposés, pas plus que l’importance numérique des villes, ne jouent ni dans la hauteur des tarifs, quand il y a tarification, ni dans le choix de la gratuité quand c’est ce choix qui est fait. Encore moins la couleur politique des collectivités. Il semble au contraire que le choix repose de moins en moins sur des considérations idéologiques ou sur un discours « social » ,et de plus en plus sur une réflexion faite sous l’angle de la bonne gestion: Les tarifications sont-elles efficientes et efficaces ?

C’est aussi une question de cohérence professionnelle .On peut difficilement tenir un discours humaniste sur la lutte contre l’illettrisme et l’exclusion sociale qui en découle et faire payer l’accès à la lecture publique .

Enfin, dans un contexte général actuel assez sombre (perte de 30 000 lecteurs par an en France), et bien que cette situation soit davantage imputée aux pratiques des bibliothécaires en matière de politique d’acquisition et de moyens budgétaires ou horaires,plutôt qu’à la tarification, il reste évident, que la recherche de nouveaux publics est plus que jamais à l’ordre du jour. Et il est clair , par simple logique, qu’une collectivité ne pourra jamais affirmer qu’elle a « tout » fait pour accroître son lectorat ,tant qu’une tarification, même modeste, existera.

En conséquence, comme le conseille du reste le Ministère de la Culture, la proposition que tout professionnel se doit de relayer auprès de ses élus, est d’aller vers la gratuité de l’inscription afin augmenter la fréquentation et accroître l¹efficience des services de lecture publique, dans un souci d¹élargissement des publics.

Dont acte.

“Nous disposons d’un instrument social qui ne joue qu’imparfaitement son rôle : les bibliothèques. (…) Elles restent l’apanage des classes moyennes et sont désertées par les classes défavorisées. Il s’agit d’une priorité nationale, car là, la gratuité a tout sons sens“. (Benoît Yvert, président du Centre National du Livre, dans un entretien au Monde , daté du 23 février 2007.)

« Pourquoi les tarifications sont-elles devenues si courantes en France, à la différence des Etats-Unis, Grande-Bretagne et Scandinavie, ? Il est à craindre que la vraie raison en soit le désintérêt pour un service que l’on en est progressivement venu à considérer comme marginal vis-à-vis des enjeux majeurs des politiques publiques locales, au bénéfice d’une vision abstraitement « culturelle » et consumériste de l’institution » (Thierry Giappiconi, La Lettre du Cadre, février 2007)

Sources principales
-Sur les effets de la tarification : Jean Louis Lerebours, directeur de la médiathèque d¹Arles, « Quelques résultats de l¹influence des politiques tarifaires sur le fonctionnement des services municipaux de lecture publique », bulletin d¹informations de l¹ABF, n°184-185, 1999
Thierry Giappiconi, directeur de la Bibliothèque municipale de Fresnes
Anne-marie Bertrand, « Tarification et bibliothèques municipales », les Tarifs de la culture, sous la dir. De François Rouet, La Documentation française 2002, p.223-237 « L¹activité des bibliothèques est structurellement déficitaire »
Daniel Le Goff, Bibliothèque municipale de Limoges
Anne Azanza B.M. de Tours
Laurence Kerveno B.M. de Fumel
LE SAUX, Annie, « Les politiques tarifaires dans les bibliothèques », BBF, 1993,
B. Poissenot, sociologue « pratiques des bibliothèques »
Sophie a dit…
Yvonnic : je supprime votre com' pour faire un billet de votre argumentaire en vous citant bien sur, si vous n'y voyez pas d'inconvénient, je pense qu'il sera ainsi plus visible ?
Yvonnic a dit…
OK. Aucun problème.
Merci Sophie.
eric1871 a dit…
J'attends pour réagir alors ;)

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