jeudi 7 mai 2009

je deballe

Un peu de sérieux sur ce blog, ça faisait longtemps :
Depuis le début de ce blog, je m'astreins à ne pas prendre parti sur des faits d'actualité, mais cette fois je tiens à partager mon inquiétude.
Il s'agit d'un évènement qui, à mon sens, porte atteinte à la liberté individuelle et... allez lâchons le morceau : à la liberté de penser (nannn pas celle de Florent Pagny ;-)
Dernièrement, Julien Coupat a été arrêté, soupçonné d'être à l'origine de sabotages contre les caténaires de la SNCF, et là, ou ça devient gênant, c'est que sa bibliothèque vient d'être perquisitionnée, afin de réunir des preuves de sa culpabilité par ses lectures ?

Cette perquisition inquiétante a donné naissance à une pétition pour le moins originale et qui s'appelle "je déballe ma bibliothèque" il s'agit d'une pétition mise en ligne sur le site de la "Maison des écrivains et de la littérature" et dont l'énoncé ne peut que nous interpeller :

"... Nos bibliothèques sont toutes pleines à craquer de livres subversifs. De ceux-là, nous vient l’inspiration. De ceux-là, nous apprenons à penser. De ceux-là, nous apprenons à douter. Mais aussi à croire. De ceux-là, nous apprenons à lire le monde, à le délier aussi. A ceux-là, nous tenons, tant ils nous tiennent en vie. Ces livres que nous lisons, que nous aimons sont tous, par essence, dans le fond comme dans la forme - par le rapport qu’ils entretiennent à la langue, enracinée dans le vivant -, subversifs...] à l'instar de Walter Benjamin



Alors c'est vrai aussi, qu'en tant que bibliothécaire je m'inquiète de ce que l'on peut considérer comme un "délit de lecture", en espérant qu'on ne vienne pas un jour nous demander des historiques de lecture de nos usagers ?
Et cela me rappelle le sujet du concours de conservateur 2007, qui m'avait fait découvrir le "patriot act", mais nous ne sommes pas concernés non plus n'est-ce pas ?

4 commentaires:

B. Majour a dit…

Oh, ce n'est pas gentil de dire ça. "nous ne sommes pas concernés"

Effectivement, après le délit de sale-gueule, le délit de sale-bibliothèque.

Comme toi, je suis furonculairement inquiet par ce sujet.

Bien cordialement
B. Majour

Bakelith a dit…

Entièrement d'accord, mon coup de colère de la semaine dernière ...

Dans le style Je déballe, il y a la très arty bibliothèque de Martha Rosler, que l'on préfèrera au très people dans ma bibliothèque.

Pitseleh a dit…

N'oublions pas de déballer nos discothèques. "Margaret on a guillotine" de Morrissey et "The Queen is dead" des Smiths suffiraient à me faire coffrer...

Anonyme a dit…

"et là, ou ça devient gênant, c'est que sa bibliothèque vient d'être perquisitionnée, afin de réunir des preuves de sa culpabilité par ses lectures ?"

C'est l'ensemble de cette affaire qui est gênante et grave, et non pas une banale (oui, banale) perquisition, procédure parfaitement classique demandée par un juge d'instruction. Et il n'est mentionné nulle-part qu'il s'agit de trouver "des preuves de sa culpabilité par ses lectures". C'est votre interprétation.

Quand on perquisitionne la videothéque privée ou l'ordinateur d'un suspect pédophile, pour y trouver quelques éléments utiles à une enquête, on n'entend personne s'émouvoir sur les libertés individuelles. Parce qu'un pédophile c'est de toutes façons un affreux. Même s'il n'est que suspect. Voir Outreau.

Mais ça y est, c'est parti, le petit monde des bibliothécaires sort les drapeaux, pétitionne sur Biblio.fr, s'émeut, s'auto-proclame subversif, profite de l'occasion pour s'autovaloriser, comme d'habitude. On appelle aussi ça de la récupération.

Ah, quelles postures ne serions-nous prêts à prendre pour être enfin reconnus, voire reconnus comme subversifs, dangereux, perquisitionnables...!Ben non, ça n'interesse personne.

Mais cela nous obligerait à parler de la propre auto-censure que nous pratiquons (avec intelligence et respect de la pluralité, bien entendu)dans nos dangereux repaires d'anarchistes...

Au fait, qu'aurait-on trouvé si on avait perquisitionné la bibliothèque de Hitler? Lire la réponse subtilement ironique sur le blog de Pierre Assouline (http://passouline.blog.lemonde.fr/2009/01/05/la-bibliotheque-ideale-dadolf-hitler/) après la parution du livre de Ryback.