mercredi 29 mai 2013

La Hollande l'autre pays des bibliothèques ou la fin d'un mythe

Comme je n'arrive pas à trouver un angle d'attaque pour le post sur les bibliothèques hollandaises je me suis dit que j'allais faire deux billets : un avec des étoiles dans les yeux et un autre plus réaliste et vous choisirez celui qui vous convient. 
Ce billet est un témoignage, il n'est que l'expression d'un ressenti peut être faussé par la barrière de la  langue, je suis prête à approfondir avec tout bibliothécaire hollandais et... francophone


La fin d'un mythe (part I)

Un peu comme les films dont on vous parle avec tant d'enthousiasme et qui font l'unanimité, lorsque vous allez les voir vous sortez déçus, c'est pour ça que je n'ai toujours pas vu Titanic ni lu Belle du seigneur ;-) Je me souviens la première fois que j'ai eu ce sentiment c'était il y a bien des années, à la fin de la lecture d'un roman de Pagnol, je ne sais plus lequel mais je me souviens parfaitement bien de l'idéal du gamin qui s'écroule quand il s'aperçoit de tous les défauts de ce qui l'entoure et des allers-retours aux toilettes de son amie en pleine gastro. Ca devait être ma première étude de texte... Et bien les bibliothèques hollandaises m'ont fait le même effet.
Et vous savez combien on peut être sévère avec ceux qu'on a aimé.


Bref, comme vous l'aurez compris, je viens de passer 4 jours en Hollande à visiter des bibliothèques, dans ce programme était prévu la visite de l'OBA, la célèbre bib d'Amsterdam,


et la DOK à Delft, l'autre bib mythique, plus quelques autres cerises sur le gâteau que je garde pour un autre billet.

Alors dire que j'ai été déçu oui, car cela fait des années que je bave devant les photos de ces bibliothèques, la blancheur de l'OBA, les innovations de la DOK, ont contribué à me faire une autre image des bibliothèques et ... de mon métier.


Certes l'OBA est bien blanche, mais très froide aussi, elle est tellement immense qu'on si sent bien seul (28 000 m²) des plateaux de 2400 m² avec un bibliothécaire par plateau, autant dire que pour le renseignement... Bah le temps de trouver le bib vous avez oublié ce que vous vouliez lui demander  (ou comment exploiter le concept de la serendipité dans une bib 3e lieu c'est assez réussi ;-) 
Les I-mac ont vieilli, nous n'avons pas vu de tablettes, de liseuses, pas de connexion wi-fi non plus, sauf pour les inscrits.

Les collections semblent figées, dépassées même, si bien rangées qu'on se demande si elles sont empruntées... (si quelqu'un a les volumes de prêt de l'OBA je suis preneuse) 





Oui c'est grand et très... aéré, si on compare c'est 500 000  documents alors que la bibliothèque de Bordeaux qui vient de réouvrir après travaux c'est 1 000 000  de documents et 27 000 m² !
Par contre le bâtiment de l'OBA est une magnifique vitrine sur et pour la ville.


L'approche des hollandais concernant les bibliothèques est très pragmatique certes, mais très mercantile aussi. Quand une bibliothécaire de la banlieue d'Amsterdam nous a annoncé que son salaire était composé pour 80% de fixe et 20% de part variable, on a senti un frémissement dans l'auditoire.
20% liés aux objectifs réalisés ou pas ! Cette bibliothèque d'ailleurs allait fermer 15 jours pour réorganiser ses collections afin de correspondre au plus près aux résultats d'une enquête sur le public (et aux objectifs fixés ?)


Mon coeur s'est serré en apercevant les bacs à CD vides, prêts à être retirés parce que "Le CD ça ne marche plus, vous savez avec Internet... !" (heureusement la bib de Rotterdam viendra en contre exemple) 
Donc le CD ne marche pas mais tout comme chez nous l'offre des bibliothèques via le net est quasiment inexistante, cependant on n'hésite pas à supprimer une partie de l'offre que devrait proposer une bibliothèque.
Rijkmuseum

J'ai tenté la question : "et si le livre numérique prenait le pas sur le livre papier vous supprimeriez le livre ?" Et  là même réponse que chez nous : "jamais le livre ne disparaîtra !"
Si j'en suis convaincue aussi, j'ai toujours ce sentiment qu'on prend le problème à l'envers : Penser support avant de réfléchir d'abord à l'offre.
Et si cela devait arriver ne serait-ce pas la fin des bibliothèques ? Avec le même argument : vous avez supprimé la musique, vous pouvez bien supprimer aussi la presse, puis les docs, puis les romans, puis... On trouve tout sur Internet
Bref je m'éloigne à nouveau, je me suis quand même dit à ce moment que leur politique était vraiment différente plus proche du clientélisme, bien loin de la notre si militante. Par exemple l'enquête sur le public hollandais a démontré qu'il pouvait être intéressant de disposer des romans sentimentaux à proximité des livres pour enfants car cela permettrait aux mamans d'emprunter.
Oui,je sais là vous me dites et les papas ? Evidemment, sauf que, d'après les enquêtes, statistiques et autres en Europe du Nord et en Allemagne ce sont essentiellement les mamans qui arrêtent de travailler pour élever les enfants, c'est culturel, on alimente des clichés et pis c'est tout !
Mouais... Une de mes voisines me suggérait : ce serait nous on tenterait un "osez le féminisme", "comment reprendre le travail après bébé" ou encore "comment se débarrasser de bébé" ! Je ne cite pas "50 nuances de Grey", qui pour moi est une forme de roman sentimental, et qui de toutes façons ne pose aucun problème aux hollandais totalement décomplexés eux sur le sujet.


Il faut savoir que toutes les bibliothèques hollandaises dépendent de "NDB Biblion", sorte d'entité fantasmée par les bibliothécaires français à travers le brouillard de la langue, comme une nébuleuse semi-privée avec des ramifications partout et dans tous les domaines un peu comme si l'ABF s'acoquinait avec le SLL et la SFL.

Tout passe entre leur mains, du design des bibliothèques, à l'organisation des collections (façon librairie), à l'équipement des documents (de la cote, couverture, à la puce RFID), la communication (de fait toutes les bibliothèques ont la même signalétique, ce qui ne laisse aucune place au folklore ;-) 



Jusqu'à la politique documentaire pour les bibliothèques qui le souhaitent (ou ne peuvent faire autrement ?): Vous pourriez me livrer 30 romans sentimentaux, 10 polars, 5 albums... J'ai toujours envie de dire dans ce cas là : "y 'en a un peu plus je vous le mets quand même ?"
Je n'ai pas compris si c'était une généralité mais il n'y a pas l'air d'y avoir de spécialisations, jeunesse, musique, adultes... En même temps si on ne choisit pas ses collections, ce n'est pas nécessaire non ?
 Il y a quand même une bonne nouvelle dans tout ça : ce sont des emplois précaires qui rangent les livres (en écrivant cela je me demande si tout compte fait, c'est vraiment une bonne nouvelle ?)
L'autre chose qui m'a chiffonné mais qui en même temps me plait c'est justement le rangement des collections, je n'ai vu personne se balader avec un chariot pour ranger, le peu de bibliothécaire s'emmerde est donc TOTALEMENT disponible.

 D'ailleurs le bibliothécaire est tellement disponible qu'on arrive même à se passer de lui : le reste du groupe a visité une bibliothèque qui ouvre sans personnel ! Oui zéro personne, nobody ! Mais ça je n'ai pu le constater moi même car ce jour-là je suis allée visiter le Rijkmuseum. D'ailleurs c'est un autre paradoxe : autant les horaires des bibliothèques sont larges autant ceux des musées sont restreints, à l'inverse de la France (question de choix, priorités ?)

Le retour des livres m'a fait pensé à  un acte honteux : on glisse les livres dans une fente et des machines cachées dans des pièces fermées au public s'occupent du tri. Bon j'exagère la Dok et la  bib de Rotterdam ont aménagé une vitrine (c'est culturel chez eux les vitrines ;-) pour les voyeurs curieux.



Cette visite s'est  faite dans un contexte économique particulier les bibliothèques hollandaises sont victimes de la crise et subissent de plein fouet les rigueurs budgétaires : il est ainsi prévu de fermer des bibliothèques de quartier à Amsterdam.
Je tiens aussi à couper court à une autre légende : non on ne mange pas où on ne boit pas partout dans les bibliothèques !



Des lieux sont identifiés, souvent l'espace presse comme à l'OBA et à la DOK ou les limites sont moins claires, nous avons d'ailleurs étaient témoins de la chute d'une tasse de thé , notre bib-guide s'est précipitée  pour aller chercher de quoi nettoyer ! Je tiens à préciser que cela ne me choque pas, c'est moins pire que du vomi ! J'aimerais bien offrir un café ou un thé de temps en temps aux lecteurs installés dans ma bib pour lire la presse ou écouter de la musique.
L'OBA et la DOK étaient pour moi deux bibliothèques mythiques, aujourd'hui elles ont vieilli



et n'ont plus ce côté innovant, la DOK met à disposition des tablettes et liseuses mais tout comme le ferait une FNAC et sans applications spécifiques ou connexions internet (pas de free wi-fi non plus à la dok)

Les usagers peuvent les tester prendre un petit descriptif et aller acheter le modèle qui leur convient.

Au moment de notre visite l'espace musique était lui aussi en réorganisation mais apparemment la musique ne semblait pas menacer, elle cohabite avec les jeux vidéo qui aujourd'hui eux aussi non plus cet aspect innovant.


Mais heureusement il y a eu la bibliothèque de Rotterdam et quelques autres surprises...
A suivre...

3 commentaires:

Anonyme a dit…

J'attends avec impatience votre article sur la bibliotheque de Rotterdam.. étant un usagerdecelle ci je suis curieux de savoir ce que vous en pensez....

WonderPomme a dit…

Merci pour cet article et ces photos ! Détruire un mythe à petit coups, c'est toujours délicat, mais c'est très pertinent.

Anonyme a dit…

Je suis une fan de ces voyages d'études, GB, Pays Bas, Allemagne, Suisse, et en France aussi, ou il y a de petits bijoux d'ailleurs. C'est toujours enrichissant de découvrir un pays par ses bibliothèques et en même temps j'ai l'impression que ça devient un nouveau business, quand on se sera fait virer de nos bibliothèques, on pourra toujours se recycler en tours operators pour ce genre de tourisme bibliothergonomique, biliotharchitectural, et on demandera des conseils à Lydie Salvayre ou bien elle fera l'animatrice ; j'ai à peu près fait le même circuit en 2008, Amsterdam (l'OBA venait d'ouvrir), Delft, Rotterdam, et aussi La Haye and so on. Les escalators, les tee-shirts du personnel triste, le concept "comme à la maison" avec le soin apporté à l'éclairage, aux luminaires, aux fauteuils. Mais ça ne vieillit pas toujours bien, ou alors, ça vieillit tout court, parce que les moyens affichés au départ n'ont pas pu suivre ; parfois ça donne un air décalé intéressant aussi. Quand on visite, on nous dit peu sur les conditions de travail, sur les salaires des gens du back office, as they say. Et aussi ces lieux comme des refuges, dans les grandes villes, lieux détournés de leur fonctions premières, beaucoup de look, pas toujours beaucoup d'âme. pourquoi ? parce que comme vous le dites, il faut des gens dedans.